Mathilde Girard, Adrien Borel

Mathilde Girard, Adrien Borel

L’auteure fait le portrait d’un psychiatre méconnu. Il était subversif, proche des avant-gardes du surréalisme et de diverses expérimentations. Mais avec ce livre, elle en finit avec « le romantisme frelaté de Bataille qui a véhiculé des goûts et des signifiants vraiment problématiques », dit-elle. Avec cette image, mais aussi avec la place des femmes. Borel était le moyen, depuis la psychanalyse, de mettre en cause la place que tous les hommes de l’époque donnaient aux femmes : à la fois élues, admirées pour leur folie, et objets d’une ambivalence maximale.
Pour elle, Adrien Borel a été l’occasion d’exprimer et de faire exister un certain nombre de ses pensées sur la position d’analyste dans l’existence, sur qu’est-ce que ça fait, et le destin de toutes ces traces de la vie des autres. « C’est là que ça déborde. La fiction fait que ça peut déborder, et par là, je crois, une certaine vérité est atteinte », écrit-elle Et ici, « l’excès » de fiction répond à ce qu’il y a d’excessif dans cette pratique psychanalytique, entre le sublime et l’insupportable.

Ce roman décrit aussi une époque où les groupes se font et se défont avec une grande célérité et se croisent sans cesse. A ce moment, les psychanalystes n’étaient pas du tout des gens comme les autres. « Ils sont peu nombreux. Ils se reproduisent très vite. Ils couchent ensemble. Ils se forment en expérimentant sur eux-mêmes. Il n’y a pas de délai entre l’expérience et la transmission.», précise l’auteure.
Elle prouve que son roman réfléchit entre deux époques : des années 1930 et aujourd’hui. Sans établir des comparaisons, elle nous replace dans un moment d’émergence et de régression en même temps, de profond vacillement des structures qui ont fondé l’autorité du sujet occidental, et de resserrement autoritaire et fasciste. Mais grâce à la fiction, l’auteure montre que la psychanalyse est un espace dans lequel la littérature et la fiction lui ont permis d’inventer ce qu’elle est pour moi, ce qu’elle peut être pour nous : un espace de destitution et de transformation.

Mathilde Girard, Adrien Borel, Gallimard, Collection Aventures, 2026, 114 p. – 16,00 €.

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