Marie Chartres & Akin Cetin, Immense et rouge

Marie Chartres & Akin Cetin, Immense et rouge

Ce qui ne peut se voir

Il existe un côté Artaud dans ce livre stupéfiant qui se dégage autant des attentes que des trajets classique de la poésie. Le livre est à la fois sadique et masochiste dans sa manière de casser les codes tout en préservant paradoxalement une production de douceur. Une forme « d’histoire d’amour » ondule (les deux amants étant annelés) entre l’hymen et la mort sous fond d’une enfance blessée mais qui tente de tenir encore.
Les photographies d’Akin Cetin – décadrées vers la gauche en « respectant » une psychologie de l’espace – prouvent que le futur n’existe pas et cachent beaucoup plus qu’elles ne montrent.

Reste un présent mythique, lourd du passé mais sans futur. Certes, l’auteur secoue la langue tant que faire se peut pour la faire progresser. Mais tout est grevé de la perte. Ce qui pourrait ouvrir se ferme : même « libre », la langue se mord la queue au nom d’une voix primitive dont celle de l’auteure n’est plus que le ressac au sein d’un jeu faussé entre le masculin et le féminin.
Le premier n’y est guère à son avantage. Non que l’homme soit lâche mais faible : « Je ne veux plus rien savoir de cette histoire, je ne veux plus jamais l’entendre. Il baisse les yeux lorsqu’il le lui dit et puis il a ce mouvement de tête, toujours là, comme ça, comme s’il avait honte ou qu’il était blessé mais elle n’arrive pas à s’en empêcher ».

La femme même spoliée ne peut donc plus être l’avenir de l’homme – pas plus que le sien. Le rouge sang a beau demeurer la « couleur » du livre : il reste celui des sacrifiées dont le corps physique engagé doit forcément plier non par fonction mais par loi du genre. Contre cet ordre, Marie Chartres scande ce qui demeure une scarification jusqu’à « l’éclair » dont la lumière tue.

jean-paul gavard-perret

Marie Chartres & Akin Cetin, Immense et rouge, Editions Les Inaperçus, 2016, 64 p. – 13,50 €.

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