Marco Lodoli, Seul un jour

Marco Lodoli, Seul un jour

Marco Lodoli écrit ici un chef-d’oeuvre court et agile par le jeu des lignes, des « ratés » volontaires. S’érige une version communielle et spéculaire d’une approche particulière de l’extase à venir. Une telle extase reste  possiblement impossible mais elle accepte le pouvoir des mots sur lesquels on peut trouver (pour le héros) parfois une porte –  étroite sans doute…
Bataille nommerait cela une  communion sacrificielle. Et chez Lodoli, des  visions sont diffractées de manière quasi héraldique là où sont dépassées les limites du romanesque sous formes de traces plus ou moins secrètes mais parfois surabondantes. Est-ce l’histoire de l’âme et du corps ? L’expérience est suspendue au bord extrême, intransgressible de la « finitude ». Certes ici, la nuit sexuelle dont parle Quignard ne sera pas révélée ou peu (le temps d’une journée est si courte  :  le voir se voile, s’y suspend, s’y renverse). Nous pénétrons alors des entre-deux infranchissables.

Le jeune Scipione se rend à la soutenance de son doctorat de philosophie. Ses parents, lourdement endettés pour le soutenir, l’attendront pour fêter l’événement en famille. C’est un jour important mais dans lequel vont s’engouffrer les rêves, jusqu’à troubler les limites temporelles et celles du monde familier. Le héros, « le rêveur, le prince des châteaux en Espagne  a rencontré ce matin-là, en sortant de sa soutenance, sa douce et merveilleuse voisine dont il est secrètement amoureux.
Il l’a pourtant invitée à monter sur son vieux scooter pour l’accompagner à la remise de diplôme. Mais les choses prennent une tournure inattendue. Le jeune homme semble n’avoir jamais été inscrit à l’université. Ils vont alors dériver amoureusement dans une Rome éblouissante, comme dans un songe lumineux et cruel. Le passionné lui fait découvrir son « royaume » qui est typiquement celui de Lodoli. A savoir, un monde imaginaire et mélancolique, terrain vague avec un parc d’attractions désaffecté. Mais aussi la boucherie d’ « Oncle Porc », usurier et avare sordide qui réclame son dû à la famille de Scipione, où l’amoureuse commet un acte irréparable.

En conséquence, tout se joue entre des limites et de l’illimité par le « geste » romanesque, une suite de paradoxes extatiques du non-savoir, du non visible à la limite de l’angoisse et de la mort, de l’inconscient et de l’érotisme. « Rêvez jusqu’au bout et puis oubliez tout »  reste la divination de ce livre. Cela suppose des suites d’enlacements. Ils donnent à l’emblème du corps sa fin de non recevoir non sans la révélation provocante d’ « obscoenae ». Elles sont là pour souligner l’abîme de refoulements ou d’offrandes, des voie hallucinées sans prétendre ouvrir une réponse à toutes les hystéries possibles et remastérisées des accidents de la vie.

Marco Lodoli, Seul un jour, traduit de l’italien par Louise Boudonnat, P.O.L éditeur, 2026, 144 p. – 18,00 €.

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