Les bonnes (Jean Genet / Carme Portacelli)

Les bonnes (Jean Genet / Carme Portacelli)

   © Agathe Poupeney 

En entrant, on découvre le décor de salle de bains contemporaine aux ornements géométrisés. Cela commence par la décoration du parterre et des meubles avec des roses rouges vivement projetées au son d’un rap corrosif ; d’emblée s’installe un parfum de transgression. Une femme en sous-vêtements vient considérer ses attributs physiques avec impudence. Entre les deux protagonistes, s’institue un rapport dialectique de domination ; les gestes, les répliques sont tendu(e)s. Entre violence démonique et tendresse intime, la bonne prend l’ascendant sur sa maîtresse.
La pièce est construite sur la mise en valeur de la cérémonie, répétition-anticipation du meurtre, occasion d’explorer l’ambivalence des rapports entre servante(s) et employeuse, et de faire prévaloir la représentation sur la réalité, la réflexion sur son objet. 

Le propos révèle combien les échanges affectifs sont des liens de violence. Ainsi le crime se cache-t-il aux marges de l’amour. Les scènes apparaissent par suite contrastées ; les explosions compulsives succèdent aux flatteries bienveillantes. La résolution qui a été prise n’ayant pas été accomplie, elle est de nouveau adoptée sous serment. Le retour de Madame, la nouvelle de la libération de Monsieur nourrissent l’argument sans modifier en profondeur les tensions intérieures qui sont explorées à vif. Les rapports sociaux d’exploitation sont bien restitués par les bonnes, qui expriment l’agressivité qui se déploie en filigrane des relations policées.
Une mise en scène idoine et décapante, bien nourrie par une scénographie qui rend avec acuité les cruelles ambivalences de l’intimité des consciences. Une belle performance des comédiennes, avec une mention spéciale pour Edith Proust, dont la variation des registres de jeu est particulièrement remarquable. 

de Jean Genet 

Mise en scène Carme Portacelli 

Avec Élissa Alloula, Anna Cervinka, Edith Proust

Dramaturgie Inés Boza ; scénographie Paco Azorín ; costumes Silvia Delagneau ; lumières David Picazo ; musiques originales et son Jordi Collet ; travail chorégraphique Ferran Carvajal ; assistanat à la mise en scène Ruth Orthmann. 

Au théâtre de l’Athénée Louis Jouvet 4, Square de l’Opéra Louis-Jouvet 75009 Paris 

Grande salle, durée 1h50 Billetterie : 01 53 05 19 19 billetterie@athenee-theatre.com 

Du 17 septembre au 25 octobre 2026, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h. 

Production Comédie-Française. Coréalisation Comédie-Française et Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 

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