Les adjas
Afin ne pas ajouter à la confusion que peuvent engendrer nos blablas, débarrassons-nous des scories de l’adjectif par nature jamais essentialiste pour éclaircir notre pensée. Leur mettre la pâtée est plus concret, vécu, senti que pratiquer de la dentelle. Cette friche mentale toutefois n’est jamais proscrite, même si les politiques, nos chiens de garde, abusent si bien que leur Wouah ! Wouah ! pourraient suffire.
Offrant des roses, ils aiment les épines sans comprendre qu’ils remplacent leur discours par un roncier. Leur langue fait sous elle tant les adjectifs restent une pompe à merde qui ne sent pas la fleur. Mais les Narcisse en font leur gorge profonde (parfois un trou remplace l’autre). Cette nomenclature dévore de l’intérieur notre cerveau, y fait main basse, par son usurpation d’imposteur. Elle rend tout mot accouplé fatal. Elle crève les pneus du logos : avant de partir, il est déjà en fin course.
L’entourloupe est castratrice. Elle sert à enjoliver tout le toutim en faisant le deuil du réel par ce traitement magique. Comme tout virus, les adjectifs se propagent et se multiplient afin de nous rouler dans la farine. Ce n’est pas nouveau mais ils deviennent les stupéfiants pour renforcer les commodités (au fond de couloir) de la conversation : oxymore, palindrome, contrepèterie et autres malveillances. La respectabilité conceptuelle régresse par ces attributifs et « dys-qualificatifs ».
C’est le défaut de fabrication du sens. Sous son arc et son caprice, il tire les noms communs vers le bas. Sous prétexte de chair, reste une chaire vide.
jean paul gavard-perret
photo : Vivian Maier
