Laurence Skivée, Je trace

Laurence Skivée, Je trace

Maîtresse des murmures de l’infime et de détails intimes, Laurence Skivée cultive un rapport singulier au monde. Elle ose et s’ose mais élégamment et avec discrétion sans que le lecteur ou le regardeur s’en doute. Son humour reste toujours là – mais en filigrane..
Jouant ici de l’écriture et du dessin, l’auteure agrège sensations et d’émotions, souvenirs et notes sur le vif en une sorte d’errance presque concertée. Chaque page pousse au plus près, au-delà ou en-deçà du sens des mots, des dessins des choses et de ses expériences.

Avec elle, penser est à recommencer. Là où ici paraissent des parties qui ici se voient. Sans connaître la date des beaux ou mauvais jours. Laurence Skivée par ses dessins accroche la lumière selon l’inclinaison qu’elle prend soit vers le haut soit vers le bas et ce qu’elle a en tête. Paraît en partie la partition de ce qu’elle « entend ». Le tout non sans humour et presque un rire telle une odalisque en ses odelettes.

Tout semble facile à travers les clefs (de sol) d’un monde où, entre les blancs et les silences, il s’évapore mais où il reste ici beaucoup à sentir et éprouver entre divers cépages et terroirs effacés. Restent les parties que Laurence Skivée retient là où sa main avance sur le support. Le crayon devient un sirop où la douceur pénètre par ce que les sillons creusent selon une exhalaison discrète.

Ici, la tête semble séparée du corps (pour raison de choix) mais un doute subsiste. En de tels gestes les doigts travaillent : ceux d’une main enchantée avant que, venant de la tête et de ses émotions, des paroles-outils creusent avec tact le support. Chaque texte – réalités ou histoires – et chaque dessin (idem) permettent de voir, quasiment entendre, sentir, goûter, toucher ce qui se découvre dès qu’un tel livre s’ouvre.

jean-paul gavard-perret

Laurence Skivée, Je trace, La Lettre Volée, Bruxelles, 2025 – 22,00 €.

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