La luciole

La luciole

Elle peint pour que quelque chose vive ailleurs, plus loin, en dehors du corps ou dedans et la vérité suinte doucement à la frontière exacte entre ce qui tremble et ce qui tient debout. Elle avance sans bruit, l’œil cerclé d’un feu calme. Son murmure dépasse les cris. Elle regarde longtemps les choses avant de les faire. Et elle les écoute là où elle passe comme une femme derrière sa fenêtre sans rideau. Elle attend que les choses finissent de se défendre pour montrer leur beauté. Elles s’inclinent devant lui. Par respect. Par reconnaissance.

Je ne sais pas si elle est née du côté du feu ou de la mer, mais elle porte les deux dans les yeux. Elle sait que chaque peinture est un radeau. Parfois il y a des noyés dedans en un bruissement de couleur et une persistance rétinienne. Celles et ceux qui regardent ses œuvres ne savent pas tout de suite, mais ils se souviennent longtemps d’une couleur dans leur gorge : quelque chose de chaud, d’essentiel même si une nuit qui continue de marcher en eux. Mais elle sait allumer les images vivantes qu’elle recueille une à une, comme des oiseaux blessés. Elle peint « avec », jamais « contre ». Même quand elle reste en guerre contre les évidences. Elle peint la vie, son « je te vois. Je suis là ». Ne se contente pas de le regarder passer, : elle va plus loin. Nous la sentons proche. Elle laisse derrière elle des lucioles. Et les regardeuses ou regardeurs, sans savoir pourquoi, se sentent moins seuls dans le noir.

jean-paul gavard-perret

Photo : Charles Fréger

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