Kéramidas, Mamie Luger

Kéramidas, Mamie Luger

Nicolas Kéramidas adapte, en trois tomes, un des romans phénomènes de Benoît Philippon : Mamie Luger.

Au petit matin, en 2016, dans la banlieue de Saint-Flour, une vieille dame fait le coup de fusil pendant qu’elle enjoint à deux gamins de partir car Mama Berthe s’occupe de tout. Un homme ensanglanté git près de la niche d’un chien. Elle grommelle – saleté d’arthrose, saleté de poulets – et rentre se barricader. Des policiers, par mégaphone, lui demandent de sortir les mains en l’air. Elle riposte à coups de fusil. La police charge et elle se retrouve au commissariat central.
Il est 8 heures 15 et l’inspecteur Ventura commence l’interrogatoire en lui énumérant ce qu’on lui reproche. Elle a tiré sur son voisin qui est aux urgences, elle a favorisé la fuite d’un couple soupçonné d’un assassinat. Un policier retrouve chez elle, un luger, une arme de poing.
Berthe Gavignol, appelée plus tard madame Ramberot avant de retrouver son nom de jeune fille, raconte son parcours depuis sa naissance le 11 juillet 1914 dans un petit village aux abords de Saint-Flour. Son récit est entrecoupé de situations actuelles qui ne laisse pas deviner le passé mais possède son pesant d’humour. Et l’inspecteur Ventura, qu’elle appelle Lino, n’est pas au bout de ses surprises car…

L’histoire de cette femme qui traverse le siècle est contée de façon adorablement humoristique. Berthe, âgée de 102 ans, a connu toutes les vicissitudes liées aux grands bouleversements qui ont secoué la planète. Elle possède un caractère forgé dans l’adversité, un vocabulaire particulièrement fleuri et un art de la répartie qui amènent rires et sourires. Cependant l’humour ne masque pas les difficultés vécues par une femme qui a refusé d’être une victime et qui a entendu mener sa vie comme elle l’entendait.
Ce récit est un hommage à ces dames qui ont dû se défendre, même avec des armes. En effet, le passé de Berthe est explosif, fait de cadavres, de secrets enfouis et de luttes contre les violences faites aux femmes. Sous le dehors burlesque, le côté noir de l’histoire est magnifié par un humour grinçant qui fait mouche à chaque fois.

Le graphisme de Nicolas Kéramidas, plus proche de la caricature que du dessin académique, sert l’histoire de belle manière. De son héroïne, que le grand âge à rendu gracile, où les lunettes prennent une place importante dans le visage, il fait une belle femme dans sa jeunesse. Le traitement des décors est suffisant pour placer le cadre sachant que l’essentiel est porté par les personnages.

C’est une ode déjantée à la liberté, à des vieilles dames au caractère bien trempé, à une critique sociale et une valorisation du féminisme. Ce premier tome fait attendre, avec une grande impatience, la suite des aventures de mamie Berthe.

Kéramidas (scénario adapté du roman au titre éponyme de Benoît Philippon, dessin et couleurs), Mamie Luger, Casterman, mai 2026, 80 p. – 18,00 €.

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