Kate Foster, Le Baiser de la Demoiselle

Kate Foster, Le Baiser de la Demoiselle

Dans la prison de Tolbooth, à Édimbourg, en octobre 1679, Lady Christian Nimmo est condamnée à être décapitée. Elle est reconnue coupable de l’assassinat de Lord James Forrester, son oncle et amant. Elle sera exécutée dans trois jours par la lame de la Demoiselle. Pourtant, rien ne destinait cette jeune femme à une telle fin de vie.
Un an plus tôt, elle est encore avec sa mère et Johanna, sa jeune sœur, à Roseburn House, le domaine familial. La misère s’installe. Sa mère vend ce qu’elle peut par le canal de James, son frère. Mais, présentement, c’est la préparation du mariage de Johanna qui mobilise leur attention. C’est aussi, pour Christian, la rencontre avec Andrew Nimmo, le commerçant des étoffes nécessaires pour l’événement. Elle tombe amoureuse de cet homme qu’elle épouse alors que son oncle montre un bel intérêt pour elle. Son épouse est malade et il cherche toutes présences féminines. Il embauche, pour un mois, Violet Blyth, une prostituée qu’il fréquente dans la maison des plaisirs de Mrs Fiddes. Il installe celle-ci dans une tour équipée pour les jeux de l’amour. Toutes les composantes du drame s’installent…

Le présent récit est inspiré de faits historiques. Cette dame, Christian Nimmo, a été décapitée à Édimbourg le 12 novembre 1679. Elle a subi son châtiment sur la Demoiselle, une machine proche de la guillotine, utilisée en Écosse entre 1654 et 1710 pour quelques cent cinquante condamnés. Elle était accusée du meurtre de James Forrester, son amant, tué par l’épée qu’il portait dans le parc de son château de Corstorphine.
La romancière, par ailleurs journaliste, a eu connaissance de cette histoire pendant son enfance. Devenue adulte, elle a voulu en savoir plus sur Christian Nimmo, ce qui a pu pousser cette femme à avoir une liaison avec son oncle et à finir par le tuer. Elle retrace avec une belle rigueur le parcours de cette dame, installant autour d’elle nombre d’éléments de fiction pour donner corps à son récit. Bien qu’elle se défende d’avoir voulu écrire un livre d’histoire ou une biographie, elle signe un texte riche en informations historiques et sociologiques, donnant une belle vision de l’époque à Édimbourg et dans la proche région. Elle décrit avec réalisme la place de la noblesse, des religieux, le quotidien de jeunes femmes attendant le prétendant, le mariage et les contingences qui y sont liées. Elle fait état d’une plaquette intitulée Instructions sur le mariage, avec des illustrations légendées, censées informer les jeunes épouses. Or, elles apportaient plus de craintes, de frayeurs, que de réponses à des jeunes femmes ignorantes de l’acte sexuel.

Kate Foster installe judicieusement des protagonistes de fiction tels que Violet, Mrs Fidds… Elle peint l’existence de ces personnages, leur place dans la société. Elle raconte les prisons, la misère, la prostitution, les instances judiciaires avec un beau réalisme. Avec les trois jours entre la condamnation et l’exécution, la romancière relate l’état d’esprit d’une condamnée à mort, entre espoir et résignation, entre attente et accablement.
Ce livre se dévore littéralement pour la tension installée qui ne cesse de croître, la richesse des informations, le rythme du récit et la puissance de l’art narratif mis en œuvre.

Kate Foster, Le Baiser de la Demoiselle (The Maiden), traduit de l’anglais (Écosse) par Christel Gaillard-Paris, Éditions 10/18 n° 6134, coll. Polar, février 2026, 456 p. – 9,50 €.

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