Giovanni Gastel, Rewind (exposition)
Une esthétique du plaisir
L’exposition consacrée à Giovanni Gastel surprend par son impact visuel et émotionnel. Au‑delà de l’exposition elle‑même, le lieu réserve d’autres trésors aux visiteurs. En effet, le palais est la pièce maîtresse de la « Grande Brera », une réalité muséale unique qui conjugue tradition et modernité. S’y découvrent des chefs‑d’œuvre d’artistes italiens et internationaux, parmi lesquels Boccioni, Morandi, Modigliani, Picasso et Carrà. Mais face aux images de Giovanni Gastel, plus de 250 photographies sont exposées. Le visiteur peut retracer sa carrière à travers un prisme poétique et thématique, plutôt que chronologique.
La scénographie de l’exposition est inspirée par une recherche menée « parmi les textes et notes privés du photographe. L’intention était de laisser ses mots raconter chaque fragment de sa vie comme des chapitres émotionnels ». Elle est conçue par Giovanni Fiore et s’étend de ses premières couvertures de mode en 1977 à ses natures mortes les plus innovantes.
Sont présents des Polaroïds sur fonds dorés, des campagnes qui ont marqué l’histoire de la mode, des portraits et bien davantage. L’exposition rassemble aussi des objets personnels, des outils de travail et des écrits, ainsi que des poèmes, autant d’éléments précieux pour comprendre la créativité et l’imagination de Giovanni. Dans la bibliothèque de son studio, via Tortona à Milan, aux côtés de sa vaste collection d’ouvrages sur la peinture, la sculpture, la photographie et la poésie, Gastel avait aménagé une galerie d’images « privées », avec des portraits de ses amis et de sa famille, et d’autres souvenirs.
L’exposition reconstitue son univers intime. « J’ai imaginé cette exposition comme un film que l’on rembobine pour retracer et tenter de revivre le parcours créatif de Giovanni Gastel », explique Uberto Frigerio. C’est un voyage commencé il y a longtemps et qui se poursuit à travers l’exposition, grâce aux différentes techniques photographiques et expérimentations présentées, accompagnées des propres mots de Gastel. Des mots qui nous aident à comprendre sa vision sur des sujets variés. Par exemple, à propos du portrait, Gastel écrivait : « Je ne suis pas un miroir. Je suis un filtre. Le portrait que je ferai sera vous, filtré par tout ce que je suis (mes peurs, ma joie, mes moments de solitude, mes poèmes)… »
Gastel a grandi dans un milieu aristocratique milanais, et son style élégant, précis, cultivé, ironique et libre d’esprit est né d’un mélange de culture, de poésie et de pragmatisme. Influencé notamment par son oncle, le réalisateur Luchino Visconti, il s’est formé au théâtre. Il écrivait des poèmes et s’est mis à la photographie en 1972. Par ses polaroïds grand format, mode, portraits, expérimentations continues, Gastel a créé des langages photographiques au moyen d’outils très divers, du banc optique aux technologies numériques. Il a poussé l’esthétique associée à ses limites en déformant, superposant et peignant les images, manuellement ou numériquement
Le photographe crée une esthétique du plaisir qui va à rebours de l’évidence du réel. Il appartient à un groupe de photographes qui pensent qu’une image ne consiste pas à capturer un “moment décisif”, mais à créer un espace pour la pensée. L’exposition comprend également « Le Madonne Candelore », un projet inédit créé par Gastel et Simone Guidarelli. Cette série devait s’inscrire dans un projet plus vaste, resté inachevé après la disparition prématurée de Giovanni en 2021.
jean-paul gavard-perret
Giovanni Gastel, Rewind, Palazzo Citterio, Milan, du 30 janvier au 26 juillet 2026.