Journal d’un corps (Daniel Pennac / Julie Laufenbüchler & David Nathanson) – Avignon 2026

Journal d’un corps (Daniel Pennac / Julie Laufenbüchler & David Nathanson) – Avignon 2026

Cela commence par le ton inquiet d’une voix essoufflée qui relate une expérience traumatique vécue à douze ans lors d’un camp scout : attaché à un arbre, le garçon passe une nuit de frayeur, au terme de laquelle il prend la résolution de ne plus avoir peur. La contextualisation qui ouvre le livre n’intervient qu’après, explicitant le projet : le journal de ses sensations sera le testament légué par un père à sa fille. 
L’écriture de Daniel Pennac associe les plus grands sentiments, les authentiques élans du cœur aux plus petits mots, aux images les plus triviales. Le projet de l’auteur consiste à explorer ses perceptions les plus intimes : pour ténues et fugaces qu’elles soient, elles peuvent révéler une ampleur et une richesse édifiantes. Parce que les percepts sont aussi des affects, ils peuvent être déployés, explicités, acheminés à la conscience comme des conceptions : l’expérience de la vie comme exploration de ses organes finit par apparaître aussi comme interaction, relation indéfectible aux autres. 

Voici un bien beau spectacle : développé simplement mais avec sophistication pour nourrir une chaleureuse évidence.  La compagnie “Les ailes de Clarence” sait bien rendre la précieuse pulsation de l’œuvre, qui fait de toute petite découverte un grand événement, donnant ainsi une expression violente à la tendresse, une forme plaisante à la douleur. Plusieurs ambiances alternent, servies par la lumière vive dans les moments d’explicitation manifeste, l’éclairage sombre et profond des multiples ampoules disséminées sur le plateau. 
On assiste à une belle performance de David Nathanson, qui sait associer la profondeur à la candeur des propos de Daniel Pennac. Tous les aspects de la vie sont présentés par le menu, de la sexualité au deuil, dans le tissu des impressions toujours en quelque façon impromptues, des plus grandes joies aux affres du vieillissement, jusqu’à l’agonie rendue par une forme d’exténuation du verbe, amenuisement des organes. 

de Daniel Pennac 

Mise en scène  

Julie Laufenbüchler 

et David Nathanson 

Avec David Nathanson 

Scénographie Marie Hervé ; lumières Erwan Temple ; son et musique Armando Balice ; collaboration artistique Judith d’Aleazzo ; administration Aurélie Tessier. 

Festival d’Avignon 2026 : à L’Entrepôt, 1 ter, boulevard Champfleury 84000 Avignon 

du 4 au 25 juillet à 16h50 (relâches les mercredis). 

Soutiens : Artiste associé à La Faïencerie de Creil dans le cadre de la saison culturelle des Moulins de Chambly (coproduction et résidence), La Manekine (résidence et préachat), Le Théâtre Watteau (résidence et préachat), Le Trait d’Union à Longueau (résidence), La Ville de Saint-Quentin (préachat), Festival KOMIDI (préachat), Théâtre Transversal (préachat), Festival théâtral de Coye-la-Forêt (préachat), Drac Hauts de Francе, Région Hauts de France, Département de l’Oise, SPEDIDAM. 

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