Jos Garnier, Anamorphose & Dérive

Jos Garnier, Anamorphose & Dérive

Pour Jos Garnier, écrire est essentiel et en elle cela dépasse la philosophie et la poésie. Ce, non pour éviter de sombrer, mais pour dépasser notre état et notre substance. Elle continue ainsi la suite de ses « pas au-delà » (chers Blanchot) – entre autres, de la rationalité dans le but non seulement d’exister mais d’Etre jusqu’à, l’indéfinissable par excellence : «Voici l’heure sans fenêtre expulsion du dessin d’urgence qu’on arrache j’allume l’infini hypothétique ce qui est à lui-même à tout niveau », écrit-elle dans « Dérive » au sein d’anamorphoses qui remplace le réel.
Celles-ci appellent l’Éternité. Du monde. Et même de nos bourdonnements, grésillements et ce qui fait trembler notre caisse et, tout autant, pour les vacarmes des tempêtes, le ferraillement des trains et le tonnerre de Dieu. Plus besoin d’une simple « oreille » pour les partitions de Jos Garnier. Car il faut « entendre » (au sens premier) pour voir la lumière du silence au-delà du soir, des rues désertes, de la nuit, des villages voire celui des pensées, des rêveries.

Pour l’auteure, nous ne sommes pas des condamnés ou amputés. Il s’agit de chercher une paix bien plus loin que du son doux de la pluie, de la rivière, de la mer, du vent, à côté du chant des oiseaux, de la musique et des cacophonies. Contre le mutique dans l’esprit, l’auteure poursuit donc son écriture à la recherche de l’impossible pour ne plus se limiter en esclave et victime de nous-mêmes. Face aux damnés, Jos Garnier est sans répit. Face à ce qui nous mine, sape, ronge, consume, déchire, fracasse, ravage, dévaste, détruit, « Dérive » et « Anamorphose » deviennent des textes majeurs pour sortir de nos têtes aphasiques.
Nous sommes plongés au centre du processus poétique et existentiel. L’écriture devient celle de l’expression du mystère là où son mouvement est celui là même du nôtre. L’auteure nous confronte à l’insaisissable certes à rebours de certaines chimères – entre autres « des maudits bandés à l’extrême » qui prennent l’amour pour vessie mais non lanterne.

Jos Garnier propose des livres du futur et anti-dystopiques tout en prenant leur source dans la contingence et le non-sens qui les transfigurent au-delà de de nos vies « rien du tout ». Son écriture par sourdes mélopées lucides va du néant à l’absolu pour nous dégager de notre misère. Après tout, Pascal n’est pas loin, mais au-delà du cercle la divinité se touche la vérité dont la circonférence est partout. Et dans son énigme, Jo Garnier forge notre existence « avenir » et les laisses de son écriture, en sa musique stroboscopique, lui donnent sens.

Jos Garnier, Anamorphose & Dérive, PhB éditions, 2026, 80 p. pour les deux et 10,00 € chacun.

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