Joël Bastard, Des lézards, des liqueurs. Couvertures contemporaines & Le Principe Souterrain

Joël Bastard, Des lézards, des liqueurs. Couvertures contemporaines & Le Principe Souterrain

Tout dans ces deux livres de Bastard file de biais, de gré ou de déformation. « Des lézards, des liqueurs » coule et grouille : « un verre, une trace, un coin de mur / et ça tient / ça tient sans raison / comme les bêtes immobiles/ ou les choses qu’on oublie pas ». Dès lors, aux mots du poète d’en faire rempart de mémoire dont l’instable se défait, tentant de se tenir dans sa fluidité.
Ces mots au besoin se méprennent : « je dis ça / mais c’est pas ça », dit le poète à la recherche d’une fixité mais le sens est si souple qu’il reste mobile. Bastard sauve ce qu’il peut et tente. Bref, c’est un poète de bonne volonté en agençant des mots repris, déplacés parfois en répétitions paresseuses mais nécessaires tant il est impossible d’en venir à bout.

Les lézards eux-mêmes ne sont que des lignes de fuite contre les murs, leur présence est discrète et silencieuse. Et les liqueurs déclenchent peu d’ivresse. Elles ralentissent au mieux toute activité psychique. Les deux restent des zones douteuses voire minimalistes. Le tout entre le dehors et le dedans mais en eux l’incertitude est un exercice de style dont le tension subsiste tout en laissant en suspens entre amorces et coupures. Mais c’est du grand art poétique dans son air de ne rien d’y toucher.
Ainsi, d’un livre à l’autre, nous accumulons des strates de connaissances. Mais attention. Le pied d’un enfant peut cogner la pierre du matin mais cela reste une illusion dense. Son éclat de rire « défie les auréoles et s’endort sur l’essentiel. » D’où cette poésie rare déroutante, désordonnée qui bouscule et le langage et le monde.

Joël Bastard, Des lézards, des liqueurs, Couvertures contemporaines et Le Principe Souterrain, Gallimard, collection Blanche, 2021 et 2024., 176 et 126 p. -18,00 et 16,00 €.

Laisser un commentaire