Jean-François Parot, L’homme au ventre de plomb

Jean-François Parot, L’homme au ventre de plomb

Paru voici un peu plus de huit ans, le second volet des Enquêtes de Nicolas Le Floch revient sur les étals… grâce à France 2.

Tandis que sévit l’automne, ce sont évidemment les prix littéraires qui parent de lumière les livres qu’ils couronnent ou distinguent dans leurs ultimes sélections ; cela leur offre un vedettariat auquel le simple fait de « sortir » ne leur donne plus droit, sauf à être signés d’un nom attendu au tournant. Ou à être « portés à l’écran », grands ou petits. Ainsi les deux premiers romans de Jean-François Parot, publiés il y a un peu plus de huit ans et qui lançaient la série policière des « Enquêtes de Nicolas Le Floch », reviennent-ils sur le devant des étals à la faveur de la diffusion sur France 2 des deux téléfilms qu’ils ont inspirés. Avec une couverture illustrée par une photo desdits téléfilms, ces deux romans bénéficient d’une seconde jeunesse, plus stimulante que celle donnée par la réédition en poche et qui leur attirera sans doute un nouveau lectorat. Petit retour sur le second volet de ces « Enquêtes » qui, à la télévision, devient le premier épisode…

Nicolas, qui désormais se sait Ranreuil, s’est donc montré parfait enquêteur et homme de qualité en démêlant, avec la discrétion requise, la première affaire que lui avait confiée M. de Sartine. Quelques mois plus tard, en octobre de cette même année 1761, le voilà à l’Opéra. Il doit surveiller de près ce qui se passe dans la salle car Madame Adélaïde, la fille du roi, doit assister à la représentation, en compagnie de ses chaperons M. et Mme de Ruissec. Mais au second acte, un intrigant remue-ménage survient dans la loge de Madame. Nicolas est vite mandé auprès de M. de Sartine : Lionel, le fils aîné du comte et de la comtesse de Ruissec, a été découvert mort dans sa chambre. Il s’est manifestement suicidé, acculé par des dettes de jeu. À regarder le visage atrocement déformé du jeune homme, le commissaire penche plutôt pour un assassinat.

Creusant dans la vie privée du jeune vicomte, il s’aperçoit qu’un complot contre le roi est peut-être en préparation… ce qui ne manque pas de le freiner dans ses recherches. M. de Noblecourt lui conseille, avec insistance, de fouiller dans le passé des Ruissec, et de retrouver le frère cadet du vicomte, le vidame de Ruissec. Curieuse affaire qui amène Nicolas sur des chemins ô combien divers puisqu’il retrouvera celui conduisant chez la Paulet avec autant de facilité qu’il se rendra à Choisy auprès de Mme de Pompadour puis à Versailles, où Madame Adélaïde l’invite à sa chasse et le charge de démasquer l’individu qui lui dérobe ses bijoux.

Avec pour base d’intrigue un meurtre perpétré en chambre close, le récit se construit autour d’un motif que l’on compte parmi les plus fréquemment usités dans les fictions policières dites « à énigme ». Cette inscription dans la tradition se complète par l’accent mis sur cet instrument dont Nicolas Le Floch s’empare à tout moment pour y coucher ses notes ou réflexions et qui, dans la littérature policière, est presque un cliché à force d’accompagner les héros détectives : le calepin.
De structure plus linéaire que le précédent, ce roman reste classique et ménage fort bien les effets d’attente. Il permet surtout de consolider le personnage de Nicolas, d’en affiner la psychologie et les rapports qu’il entretient avec ses proches.
Convié à des entrevues secrètes et rapides comme l’éclair avec tel personnage très haut placé à la cour, il doit apprendre tout un alphabet d’attitudes et de comportements parfois plus difficiles à interpréter que les indices repérés sur ce que l’on n’appelle pas encore une « scène de crime » : intentions ou ordres sont à décrypter derrière des gestes subreptices à peine esquissés mais appuyés d’habiles jeux de regards – selon que les yeux se détournent ou qu’ils demeurent franc plantés dans ceux d’autrui, le message à entendre n’est pas le même… Grâce aux descriptions de Jean-François Parot qui, en cette matière-là, sont aussi détaillées et fines que lorsqu’il tâche de faire apprécier à son lecteur tel raffinement gastronomique ou tel usage particulier du XVIIIe siècle, l’on ne perd rien de ces messages silencieux et fugaces que doit réceptionner Nicolas.

Entre labyrinthes de jardin, couloirs tortueux, passages plus ou moins dérobés, étiquette de cour et danses de corde à exécuter tout en finesse pour ne froisser aucune susceptibilité et ne pas manquer aux divers codes qui régissent les hiérarchies sociales, notre commissaire fraîchement nommé louvoie de main de maître, rend à nouveau un service distingué à la Couronne et, de la sorte, parvient à conserver cette bienveillance capricieuse dont les grands gratifient leurs inférieurs sans forcément songer à la leur garder, quelque fidélité qu’ils leurs témoignent…
Bien que l’on puisse parfois regretter un didactisme trop appuyé – par exemple quand certaines informations ou rappels narratifs forcent leur place dans des dialogues qui, alors, perdent rythme et spontanéité – L’Homme au ventre de plomb procure ce plaisir de lecture que dispense toujours, quoi qu’il arrive, une écriture soutenue et soignée.

Des fautes et coquilles étant à déplorer dans la première édition, espérons que cette réédition ne vaudra pas seulement au livre d’être paré d’une nouvelle couverture et que le texte aura dûment été relu afin qu’en soient expurgées toutes échardes indésirables…

isabelle roche

   
 

Jean-François Parot, L’homme au ventre de plomb, Jean-Claude Lattès, octobre 2008, 360 p. – 16,50 €.
-  Edition d’origine : Jean-Claude Lattès, février 2000, 360 p.
-  Réédition en format poche : 10/18 coll. « Grands détectives », mars 2001, 311 p. – 7,40 €.

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