Jean Dufaux & Eduard Torrents, La Légende de Salomé

Jean Dufaux & Eduard Torrents, La Légende de Salomé

Depuis la citadelle de Machærous, le tétrarque Hérode Antipas voit ce qu’il craignait, les feux, au loin, du camp d’Arétas, l’émir de Petra. Celui-ci vient venger l’humiliation subie par sa fille, répudiée par Hérode pour épouser Hérodias, sa nièce, la fille de son frère. Mannaeï, le bourreau, vient lui annoncer la capture de Iaokanann, le Baptiste qui ne cesse de dresser la foule contre Hérode, et son enfermement.
Une surprise attend le Tétrarque. Son épouse lui présente Salomé, sa fille venue de Rome. Il est subjugué par sa beauté. L’aide qu’il avait demandé à Rome arrive, commandée par Lucius Vitellius, pour chasser l’émir de Petra. Hérodias s’irrite du peu d’ambition de son nouveau mari. Elle voudrait qu’il asservisse des territoires, devienne le maître d’un grand royaume.
Commence alors une suite de situations, d’actions, de décisions, entre ces protagonistes, chacun jouant pour sa propre personne dans une débauche de haine, de jalousie, de convoitise où la concupiscence est omniprésente.

Doit-on encore présenter Jean Dufaux et la façon magistrale dont il conçoit, il construit des scénarii ? Pour cette histoire, ce conte biblique, il arc-boute son récit sur des textes antérieurs. D’abord Gustave Flaubert pour Hérodias, l’héroïne de l’un des Trois contes. Il est vrai que le portrait dressé par ce romancier a tout pour séduire tant il est riche. Oscar Wilde a revisité l’histoire de Salomé. Et, bien sûr, ce sont aussi les passages de l’Ancien Testament relatifs à cette jeune femme.
Il installe son récit en présentant la situation géopolitique de l’époque, sous les règnes d’Auguste, Tibère et Caligula. À partir de ces données, à la fois fictionnelles et authentiques, il installe une histoire d’une forme narrative exceptionnelle jusqu’à ce dénouement connu. Or, le cheminement vers ce drame des différents protagonistes, leurs passés, leurs ambitions, leurs rôles, est quasiment ignoré. Il gagne grandement à être connu.
On peut relever, page 42, une petite fausseté orthographique.

Le dessin est dû au talent d’Eduard Torrents qui propose des planches épatantes, tant pour la mise en scène et la représentation des différents acteurs du drame, que pour les décors qu’il fignole au mieux.
Son dessin rebondit avec la mise en couleurs de Bertrand Denoulet qui sait rendre magnifiquement les ambiances, qu’elles soient sombres dans les geôles, tamisées dans les intérieurs ou éclatantes au grand jour.

Un album qui se découvre avec un bel intérêt pour la richesse de l’intrigue, l’éclairage du drame, la beauté du graphisme.

Jean Dufaux (scénario), Eduard Torrents (dessin) & Bertrand Denoulet (couleur), La Légende de Salomé, Delcourt, coll. Hors Collection, mai 2026, 88 p. – 17,95 €.

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