Jan Kounen, Omar Ladgham & Salvo, La Tour – Tome 3
La promesse d’une nouvelle humanité ?
Quand s’ouvre le présent tome, les premières planches montrent ce monde vertical au bord de l’implosion.
Il y a trente ans, une bactérie a ravagé la civilisation. À Bruxelles, moins de trois mille survivants se sont réfugiés dans une tour, à l’abri de la contagion. En trois décennies, une nouvelle génération a vu le jour, dénommée, les Intras. Les Anciens, qui ont institué un ordre rigide, comptent garder la main sur le fonctionnement de la cité.
À l’exemple de son père, qui n’est jamais revenu, le jeune Aatami, un Intra, tente une expédition au-delà des terres dévastées. Le semblant d’équilibre entre les générations se fissure. La pénurie qui menace aggrave les tensions. Or, Aatami a survécu. Il est manifestement immunisé contre la bactérie et protégé par Marie, une IA singulière. Mais à l’intérieure de la tour, les alliances se défont, les manipulations se multiplient et la société s’embrase…
Dans ce troisième volet, les auteurs poussent les tensions à un point de rupture et entérinent la fracture des générations. Ils installent un personnage immunisé et posent la question de l’évolution. Il devient un élément déstabilisateur et son lien étroit avec une nature, a priori hostile, le place dans une situations difficile. S’il incarne une nouvelle humanité, la promesse d’une société renouvelée, il signe la fin d’un ordre établi.
Avec un groupe de protagonistes, les scénaristes illustrent les difficultés de maintenir un idéal collectif quand les ambitions, les traîtrises, les complots mènent à susciter la peur, à fragiliser la mécanique sociale. Le régime survivaliste est remis en cause. Mais ce que souhaitent montrer les auteurs c’est l’importance de la peur, une peur d’un futur, d’une reconstruction qui, plus que la bactérie, est le véritable moteur de la violence.
Salvo assure le graphisme avec un dessin aux traits minimalistes mais efficaces pour mettre en images les fractures de toutes natures, les évolutions et les scènes d’action. Le tout est renforcé par la mise en œuvre de couleurs froides.
Ce tome clôt de belle manière cette trilogie de science-fiction, une anticipation bien nourrie, cependant, de situations d’actualité. Cette superbe réflexion politique sur la gouvernance en milieu fermé offre, toutefois, une fin ouverte…
serge perraud
Jan Kounen & Omar Ladgham (scénario), Salvo (dessin et couleurs), Mr Fab (couverture), La Tour – Tome 3, Glénat, coll. Comix Buro, mai 2026, 64 p. – 16,00 €.