Jake Arnott, Crime Song

Jake Arnott, Crime Song

Second volet de la trilogie que consacre Jake Arnott aux Swinging Sixties londoniennes.

Crime Song est le deuxième volet de la trilogie de Jake Arnott sur les « Swinging Sixties » londoniennes. Si dans Crime Unlimited, le gangster Harry Starks était au centre du roman, il n’est ici qu’un personnage secondaire. Dans la folie ambiante qui résulte de la victoire des Anglais à la Coupe du monde de football de 1966, trois truands à la petite semaine, de véritables minables, tuent de sang froid deux policiers après la tentative avortée d’un casse.

L’un d’eux avait pour ami Frank, un arriviste de première, éperdument amoureux d’une fille qu’il ne sait protéger, qui le méprisera sa vie durant, et ce malgré un mariage. Frank n’aura de cesse de retrouver tous les coupables de cette tuerie. À ses côtés, enfin pas loin, un journaliste de bas étage, comme il y en a beaucoup au pays de la presse à scandale, Tony, qui, à défaut de rêver du Pulitzer, rêve de l’article qui l’intronisera comme journaliste qui a du nez et qui sait être au bon endroit au bon moment. Et les coupables dans tout ça ? Un seul est introuvable. Billy Porter. Qui se retrouve héros malgré lui. Dans l’Angleterre des années 80, celle de la Dame de fer, celle qui a été appelée Miss Maggie par Renaud, et qui a interdit cette chanson, notre tueur de flic devient le symbole de la lutte contre l’oppression. Des stades de football, où les hooligans scandent son nom, aux manifestations pacifistes, Billy Porter est devenu plus qu’un assassin. C’est aussi une personne que lui-même ne reconnaît pas.

Pendant ce temps, il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre. La gangrène touche les flics. Tous sans exception. Qu’ils le veuillent ou non. Chacun y va de son petit apport. Afin d’avoir une protection. Ou une indulgence. Du plus petit truand, qui n’hésite pas à balancer ses copains, à Harry Starks, sorte d’Al Capone britannique. Jusqu’au jour où des murmures deviennent plus que des bruits de fond. Aussitôt, une commission est créée. Bien sûr, elle n’aboutira pas vraiment. Quelques flics sont sacrifiés sur l’autel du grand pardon. On ne fait pas d’Hamlet, sans casser d’œufs. Et l’important reste : les apparences sont sauvées, la probité respectée.

Bien plus qu’un simple roman noir et criminel à la trame aussi solide, quoique différente, de Crime Unlimited, Crime Song est un roman social, décrivant une société en pleine déchéance, et sans avenir. L’homosexualité des ex-personnages principaux maintenant secondaires est une mise en avant des mœurs libres et libérés (tout le monde couche avec tout le monde, même si certains pédés ont peur de s’avouer qu’ils le sont, alors que d’autres les cernent parfaitement, comme s’ils avaient une carotte à la place du nez) qui découle de Woodstock, et des mouvements pacifistes. Tout est poussé à l’extrême. Tout dérape, devient aussi incontrôlable. Au grand dam d’un Billy Porter qui n’avait nul besoin de tuer une police aux tendances suicidaires. Car les rats, loin de quitter le navire, l’investissent. Et les rats se sont alliés aux termites. S’il est difficile d’asseoir une bonne réputation une fois obtenue, il est, en revanche, très facile de la ternir.

Jake Arnott n’a pas besoin de convaincre. Il plaît. Si Crime Unlimited a déjà fait l’objet d’une adaptation télévisée à la BBC (malheureusement, il n’y a guère de chance qu’elle soit diffusée en France) en 2004, le dernier volet n’est pas encore sorti en poche. True Crime est paru au Passage du Marais en mars 2005. Mais comme dit précédemment, ce sera le dernier d’une trilogie réalisée de main de maître par un ancien assistant de médecin légiste, qui a aussi été technicien au théâtre, acteur et comédien, avant d’être reconnu comme écrivain.

julien védrenne

   
 

Jake Arnott, Crime Song (traduit par Colette Carrière), 10-18 coll. « Domaine étranger » (n° 3825), octobre 2005, 415 p. – 8,50 €.

 

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