J-B Hanak, Bâtards

J-B Hanak, Bâtards

Deux frères musiciens français de la scène électro expérimentale partent en tournée au Japon. Ils découvrent la répression liée aux drogues et les stratégies déviantes d’une jeunesse prête à tout pour transgresser l’interdit. En marge des circuits officiels, ils enchaînent les concerts dans des salles underground où les musiques extrêmes procurent une libération cathartique. À mesure que s’accumulent rencontres et épreuves personnelles, se révèle une quête fraternelle et intime liée à leurs origines familiales.
Néanmoins, oscillant entre énergie brute, humour grinçant et instants de gravité, Bâtards dresse un tableau à la fois absurde et profondément humain d’un Japon méconnu. Et de fait sous cette « fiction », JB Hanak revient sur son existence là où paradoxalement sa blessure profonde se cache toujours sous une vision baroque et extrémiste. Cela tient lieu de libération plus que de vider son sac.

En ce sens, l’auteur reste attachant, hypersensible mais sans tomber – comme beaucoup – dans un certain symptôme de Peter Pan. Tout à l’inverse, il se transcende là où se dit un amour fraternel sous la « gonzitude » d’une épopée à dévorer ou en devenir dévorante là où tant d’illusions finissent parfois en vies de chiens.
Ils sont devenus la figure des êtres et, ici, en passant dans un étage plus haut par le titre «Bâtards ». Ces animaux ignorent leur état mais Hanak, l‘assume – de gré ou de force – au nom de la perte de son frère. D’où ce besoin d’écrire. Avec une volonté de récréer le monde en niant le drame et le thème d’une jeunesse qui s’estima éternelle.

L’auteur dépasse un aspect journalistique d’un monde nippon underground. Il rameute son et ses fantômes sans jamais les tourner en dérision. Restent sous le mot « bâtards » ceux qui voulaient grandir mais où la carrière du frère connut une terrible interruption. Dans ce roman, les bâtards perdurent – au moins un. Il se bat contre la mort par son art et sa littérature. Il suggère des cérémonies interdites et secrètes à la recherche d’un absolu où les chiens furent tirés au licol par des démons.
Malaxant une sorte d’idéal où ils voulurent planter leur tente, ils paradaient sans redouter le tonnerre. Mais un théâtre masochiste descendit en eux sur la pointe des pieds. Certes, l’écrivain veut renaître en enfants du soleil. Il reste sous le courant de la matière d’amour. C’est un don pour renverser le temps même si, sous les chiens, des frères humains étaient là,sans souci de se protéger dans l’émiettement quotidien d’un certain chaos.

Restent ici des évocations de l’impalpable là où le souffle de l’écriture agite la nuit et les ombres. L’auteur tient. Qu’importe si les bâtards sont maltraités. Et le fluide de son roman crée une substance, une flamme, une pensée. Des temps, renaissent jumelles de jour et de la nuit qui espèrent retrouver leurs couleurs. D’une certaine manière, JB Hanak monte l’escalier, ses créations voguent lentement dans un clair-obscur volcanique. Le présent ne se déduit plus du passé. Un ciel devint cataclysmique aux chiens mais ensuite, devenir bâtard, c’est imaginer une terre étoilée.

J-B Hanak, Bâtards, Les mots et le reste, 2026, 256 p. – 21,00 €.

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