Le cercle de craie caucasien (Bertolt Brecht / Emmanuel Demarcy-Mota)

Le cercle de craie caucasien (Bertolt Brecht / Emmanuel Demarcy-Mota)


© JeanLouis Fernandez 

Des visages apparaissent dans la pénombre ; leurs voix présentent la situation. Il est question de temps anciens, où les puissants étaient révérés, donc convoités. Les paroles témoignent d’une forme d’obscurantisme. Les souverains sont destitués ; la reine abandonne l’héritier pour le sauver ; il est recueilli par une jeune femme, après qu’elle vient de faire un serment d’amour vibrant et limpide à un homme qui part à la guerre… Elle devient mère, mère par adoption à travers les affres de la guerre, de la précarité et du mépris. Doucement, résolument, affrontant les périls, elle se charge de ce petit être qu’elle recueille affamé et pour lequel elle achète à prix d’or du lait. Des scènes de montagne montrent le risque pris pour sauver l’enfant, celui dont la valeur n’est autre que celle de la vie ; enfin la fuyarde, sommée, éperdue, désigne cet enfant comme le sien. 

Elle appartient désormais à un autre. S’ouvre alors le foyer où la mère peut trouver refuge, celui d’un frère; après quelques mois, elle doit partir ; elle fait un mariage blanc pour donner un toit à l’enfant, dans le lit de noces un mourant, exigeant et autoritaire, elle le fera revivre et acceptera qu’acariâtre il exige au-delà de ce qu’elle peut donner. Enfin, séparés par une splendide rivière de soie, fluide comme toute la mise en scène, bleue comme la lumière du conte, les deux amants se retrouvent, chacun sa rive, l’enfant a grandi, l’amour ne suffit pas à les réunir.
L’histoire avance vers la reconnaissance de la grandeur du geste de la femme, lui répond la grandeur du geste de l’homme qui se dira père de l’enfant qu’il n’a pas conçu mais qu’à son tour il veut sauver. Puis autoritaire réapparaît la mère biologique. Un juge est nommé, figure de Salomon qui met en scène une justice qui se tord pour n’être plus aux ordres et offre le dénouement heureux. 

Il s’agit d’un conte réaliste à vocation édifiante, sinon lénifiante, mais c’est aussi une célébration naïve et déterminée qui salue le courage de la jeune responsable, dont la probité et la vitalité semblent à toute épreuve. 
La mise en scène et la troupe déploient une ingéniosité bienvenue pour illustrer et dynamiser le propos, avec un lumineux travail sur la distanciation et le dit épique. Souvent lancinante, sans doute en raison d’une écriture descriptive et trop explicite, la pièce déploie la force de la parabole par une imagerie chatoyante, celle d’un orient rêvé, entre ombres et lumière dans une fluidité virtuose pour que glisse la fantaisie de cette reprise du jugement entre les mères rivales et que triomphe la danse du bien, réparatrice et fédératrice. 

de Bertolt Brecht  

Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota 

Avec la Troupe du Théâtre de la Ville Élodie Bouchez, Marie-France Alvarez, Ilona Astoul, Céline Carrère, Jauris Casanova, Valérie Dashwood, Philippe Demarle, Edouard Eftimakis, Sandra Faure, Gaëlle Guillou, Sarah Karbasnikoff, Stéphane Krähenbühl, Gérald Maillet, Ludovic Parfait Goma, Jackee Toto

Traduction en français Georges Proser ; collaboration artistique et assistanat à la mise en scène Julie Peigné ; scénographie Natacha le Guen de Kerneizon, assistée de Celine Diez ; costumes Fanny Brouste assistée de Lucile Charvet ; lumières Thomas Falinower, Emmanuel Demarcy-Mota assistés d’Erwan Emeury ; musique Arman Méliès ; son Flavien Gaudon, Victor Koeppel ; vidéo Renaud Rubiano, assisté de Yann Philippe ; deuxième assistante mise en scène Judith Gottesman ; coaching acteurs Jean-Pierre Garnier ; objets de scène Erik Jourdil assisté de Marie Grenier ; maquillage et coiffures Catherine Nicolas assistée de Sophie Douchez ; masques Brunot Jouvet assisté de Fanny Grappe ; régisseur principal de scène Romain Cliquot ; dramaturgie et documentation François Regnault, Bernardo Haumont. 

Au Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt, 2, place du Chatelet, 75004 Paris 

Du 28 janvier au 20 février 2026, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h, 

Le vendredi 30 janvier à 20h30, le samedi 14 février représentation à 14h. 

Direction technique Lionel Spycher  ; régie générale Léo Garnier, Alexandre Vincent ; régie scène Romain Cliquot, Léo Cortesi, Salihina Kebe, Yann Leguern ; régie vidéo Vladimir Demoule, Steven Guermyet ; régie lumières Olivier Dahan-Wekslelmann, Bertrand Saillet ; régie son Justin Parsy ; régie micros Lucie Beguin, Joséphine Galibert, Camille Marotte, Manon Poirier, Axeline Thiebaut ; réalisation costumes Vera Boussicot, Melisa Leoni, Inès Neu, Emma Sanvoisin ; stagiaire costumes Jeanne Chotard ; stagiaire masques Lucie Charrier ; habilleuses Ninon de Bernardi, Valérie Coué-Ouzeau, Marion Fanthou, Séverine Gohier, Inès Neu, Anne-Alix Rolland ; accessoiristes Claire Landas, Robert Ortiz ; cintriers Germain Cascales, Mohamed Elasri, Marc Hutchinson ; constructeur Aladin Jouini ; machinistes Mauson Akhtar, Amelie Bertrand, Julie Chouraqui, Élisa Couvert, Christian Delaplane, Rémi Lacombe, Hervé Léon, Olivier Meyrand, Victoria Oliva, Dejan Varesic ; gréeurs machine de vol Kevin Raymond, Timothéo Rothschild, Arthur Vogel ; électriciens Maxime Jeunesse, Elliott Legrain, Vincent Tedesco, Ivan Vignaud ; construction décor Espace & Compagnie ; harnais François Pelaprat, Point de suspension Vol CATS engineering ;  
administration de production et diffusion Laurence Charlotte Larcher ; chargée de production Romane Reibaut ; assistant de production Idris Sib Communication ; presse Audrey Burette. Et avec toutes les équipes techniques et administratives du Théâtre de la Ville. 

Production Théâtre de la Ville-Paris. 
La pièce Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht (traduction de Georges Proser) est publiée et représentée par L’ARCHE – éditeur & agence théâtrale en 1983. https://www.arche-editeur.com/livre/le-cercle-de-craie-caucasien-54 

Création au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt le 28 janvier 2026. 

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