Grégoire Sourice, SecondeMain

Grégoire Sourice, SecondeMain

SecondeMain a été écrit – dit l’auteur – « sans plan, sans savoir ce qui allait se passer dans le chapitre suivant ». Il est parti d’une expérience malheureuse sur Leboncoin où son ami a brusquement été bloqué pour avoir enfreint les règles de modération du site. Il vendait des choses aberrantes, invendables ou sans aucune valeur. Mais grâce à cette forme et à son avatar, il a correspondu avec des usagers de Leboncoin « qui ne lisaient pas de poésie contemporaine » ajoute-t-il.
De plus, il a voulu croiser ces annonces avec l’expérience de la maladie de ses proches . Ces deux expériences pouvaient se rejoindre en ce qu’elles touchent aux limites du corps. Dès lors, le texte déploie une réflexion sur « la perception des choses supposées matérielles, les liens avec elles et leurs valeurs dans la nécessité de vivre sans dans un vide ou une absence. »

L’auteur se transformant en marchand ou « entrepreneur de soi-même », ces petites annonces se donnent à lire dans un espace qui n’est pas proprement littéraire. Elles positionnent les enjeux de l’écriture dans le champ de la vie quotidienne et produisent selon l’auteur « une dé-spécialisation de la poésie avec des retours à la ligne intempestifs, l’absence de ponctuation, la recherche de concision pour proposer n’importe quoi. »
Ainsi, son « héros » ersatz « PeroPerez13 » devient une arme rhétorique et son rôle joue sur la confusion entre la fiction et un supposé réel où le narrateur n’échappe pas à sa mise en scène mais reste en retrait au moment où différents personnages prennent la parole à la première personne et se livrent dans leur mémoire ou leur imagination en une forme de délires de moins en moins compréhensibles.

Les annonces sous la forme de poèmes s’immiscent à différents endroits dans le texte narratif. Ce dernier change de statut. Mais à partir de là, le livre crée de la distance et de l’incompréhension loin des contraintes inhérentes au roman classique en multipliant les points de vue et les types de discours. D’où l’originalité d’une nouvelle brèche dans le terrain de la fiction.

Grégoire Sourice, SecondeMain, éditions Corti, 2026, 168 p . – 19,00 €.

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