Futur jamais passé
Les forces de ton passé exercent sur toi une pression créative. Certes, tu retrouves toujours ta réalité mais elle s’origine de qui t’a rejeté. Il te jette vers l’avenir au moyen de ta connaissance imaginative. Mais ton œil, oblique, présente l’absent ou ce qui s’absente. Jaillit ton présent qui t’appartient mais qui n’est pas à lui au moment où ton existence marche vers l’inconnu à partir de tes relations qui partagent l’espace en répandant ta vérité. Elle doit être réarticulée, reconstituée pour que tu penses avec celles et ceux qui t’aiment dans le tissu de ton réel. Il compose ta vie en travées de bonheurs, de résistances, de souffrances dues à tes expériences proches et lointaines.
En ce sens, ton passé se présente par intermittence, comme fait un conducteur qui jette un œil au rétroviseur. Il voit un espace angulé. Et pour toi, le passé ne se voit pas de face : il t’arrive en diagonale pour dessiner ta ligne entre surgissement et survivance placées un peu à l’arrière. Tu ajustes ta trajectoire pour aborder l’unité de ton monde où se surimpriment des angles morts dont tu as hérité. Ils t’entourent et t’accompagnent par chaque respiration, regard ou mouvement. En avançant, tu écoutes le passé et son léger murmure : c’est le temps que tu as laissé derrière toi. Bref, tu entends sa voix. Parfois tu te sens perdue comme si à la place de ton plaisir il n’y aurait jamais eu un corps réel. Mais Maintenant tu es là, tu occupes tout son espace. Tu t’y es logée. A chacun toutefois de se demander : « que faire de ton amour ? ».
jean-paul gavard-perret
Photo : Margaret Bourke White