Roberto Calasso, Opera senza nome
Vers l’unicité
Calasso n’a rien fait d’autre que de tenter ce que tout écrivain, plus ou moins ouvertement, voudrait : inventer quelque chose qui n’existait pas auparavant. L’idée était que chacun de ces livres soit autonome, lisible comme un tout, mais entrelacé avec les autres à travers toutes sortes de connexions.
Quelque chose où ce qui sépare les différentes voix est beaucoup plus vaste que les voix elles-mêmes, semblables à des îles dans le courant d’une mer illimitée. Chaque fois, sur ces îles, le style est différent, comme si elles abritaient une végétation qui se répète en partie.
La seule chose unique est le courant qui soutient l’ensemble. Les îles ne se rapprochent jamais assez pour se rejoindre, au maximum elles atteignent une proximité suffisante pour risquer des ponts fragiles ou des ferries. En général, il faut plusieurs bateaux pour passer d’une île à l’autre. Parfois des transatlantiques…
L’auteur ne sait pas pas si les onze livres dont il est question ici peuvent prétendre, comme « Œuvre sans nom », à l’unicité. Mais il n’ a pas encore trouvé de précédent. Il continue à chercher. L’unicité n’est que la constatation sobre que quelque chose n’existait pas avant. Il revient au lecteur de décider quoi en faire.
jean-paul gavard-perret
Roberto Calasso, Opera senza nome, Biblioteca Adelphi, 2026, 160 p. – 17,00 €.