Frédérique de Carvalho, Déménager l’enfance

Frédérique de Carvalho, Déménager l’enfance

L’écriture incarnée au carnet

Frédérique de Carvalho est une poétesse de l’essentialité. Par son minimalisme, elle cherche à dire ce qui dans la parole de tous les jours « sort » mal, rate autant par douleur, joie, pudeur que tâtonnements, approximation et maladresse. Cette poésie consubstantielle à sa vie, Frédérique De Carvalho l’a entamée sans le savoir dès dix ans au sein de ses petits carnets.
Ils se sont multiplié à mesure que l’écriture incarnée au carnet s’affinait jusqu’à devenir – grâce à Propos2 – deux livres qui sont autant de gestes et de scansion vitale. Avec les temps forts ou creux qui parcourent la vie.

Dans ce denier livre il y a l’agonie du père et la question qui assaille sa fille : est- ce « le moment de laisser s’en aller » ? Et dans le même élan : « une série de cravates pendouille à la porte de l’armoire/ il faut choisir celle qu’ira dessous la terre ». Pas de blabla, pas de recherche de l’effet comme si être poète c’était avoir des gestes qu’on ne sait pas, mais qui à l’oreille se transforment en cavatine. « Le glas sonne au village/ comme dans les enfances on / courait pour savoir qui /aujourd’hui c’est le père toute course/inutile ».
A-t-on besoin d’en savoir plus ? Le mort, le disparu on comprend qu’il survivra. Pas besoin de pierre tombale pour ça. Le cœur de sa fille est là.

Telle est la poésie, la vraie, celle de l’émotion et de l’endurcissement, un peu de jeu, un désir profond mais qui évite le clairon, la solitude sur des chemins où se croiseraient André du Bouchet pour le souffle, Jacques Dupin pour le rythme, Maldiney pour la pensée.
Vous l’avez devinez déjà : poursuivre le chemin avec Frédérique est un exercice non de style mais de poésie pure.

jean-paul gavard-perret

Frédérique de Carvalho,  Déménager l’enfance, Propos2Editions, Paris, 2015 – 13,00 €.

 

 

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