Frasse Mikardsson, Vie et mort de Kevin Charon

Frasse Mikardsson, Vie et mort de Kevin Charon

En prologue, le lecteur est invité à découvrir la lettre de Kevin Charon, identificateur principal et éphémère gardien des scellés. Il s’adresse déjà au ministre qui, en ce mois d’octobre 2024, en compagnie de la direction, visite les locaux ultramodernes et sécurisés de l’Institut médico-légal, situé au sommet du nouveau tribunal judicaire de Paris. Il donne quelques explications et des instructions sur ce que doit devenir sa dépouille car c’est face à un pendu que vont se retrouver les sommités.
Près de lui qui se balance avec l’urine qui coule, l’arrière du pantalon marron, se trouve son journal intime qui retrace l’histoire de sa vie et les raisons qui l’ont amené à ce geste. Il relate tous les événements qui se sont déroulés depuis le mois de mai 2000 quand il prend son poste à l’Institut.
Et ce récit est particulièrement gratiné avec les circonstances actuelles où deux agents de l’établissement sont morts en un rien de temps de manière suspecte…

Frasse Mikardsson, par ailleurs médecin légiste dans le quotidien, fait découvrir son métier et, avec son quatrième roman, la structure spécialisée à Paris. Il donne des informations précises, très documentées sur la manière de travailler d’un médecin-légiste et sur le fonctionnement d’un Institut médico-légal. Il relate la hiérarchie, les différentes tâches et les emplois qui s’y rattachent.
Il installe le fondement de son intrigue, fait découvrir les cadavres et les traitements tant physiques qu’administratifs que ceux-ci subissent. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur un tel établissement où, à ma connaissance, il n’y a jamais de journées portes ouvertes.

Si l’intrigue est tendue avec les événements qui précédent le suicide de cet employé, le romancier fait vivre à travers le témoignage de Kevin les conséquences de la canicule du mois d’août 2003. Près de 15 000 personnes sont décédées de la canicule entre le 1er et le 20 août. Si pour cette période, à Paris, en 2002, on avait compté 135 décès, il y en eut 919. L’Institut, en trois jours, a vu arriver plus de sept cents corps. Et ces données ne relèvent pas de la fiction. Les employés avaient le sentiment d’être les liquidateurs, ces ouvriers sacrifiés de Tchernobyl.
Si l’action tourne autour de cadavres, l’auteur fait preuve d’un humour noir à déguster au second degré. Il livre, au fil du récit quelques remarques, quelques vérités quant à des actes de certains politiques, expliquant comment on peut faire de faux-électeurs dans le 5e arrondissement, ou valider les essais nucléaires d’un Président de la république. Il illustre des affaires où trempe la franc-maçonnerie, d’autres autour de l’euthanasie. Il regrette le traitement du féminicide sur Marie Trintignant. Il n’échappera à personne le sens du nom du personnage principal.

Le roman est agrémenté par des portraits au crayon, réalisés par Sébastien Verdier, des principaux protagonistes, une très belle initiative.
Une fois encore, Frasse Mikardsson signe un roman captivant, livre une intrigue peu commune dans ses péripéties et dans sa présentation, le tout avec un remarquable sens du récit.

Frasse Mikardsson, Vie et mort de Kevin Charon, L’aube, coll. Noire, mars 2026, 264 p. – 19,00 €.

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