Dalibor Frioux & Valéry Molet, Ironiques les abîmes ultimes
La dérision des deux auteurs prend dans ce livre un aspect particulier. Elle puise dans la perte de la jeunesse comme de l’amour une veine qui pourtant n’a rien de délétère.
Cela brille – surtout chez Molet – d’érotisme entre amertume et énergie et ce, pour l’apogée non de soi-même mais de l’autre.
Si bien que, paradoxalement, les abîmes derniers ressemblent à s’y méprendre à ceux des commencements. La Camarde elle-même perd son latin chez ces anti-prophètes et leurs torsions.
Elles se faufilent entre la tradition ironiste française et un certain mépris pour le tragique contemporain.
L’humour en sa claudication menace à bon escient le lyrisme, et donne à la poésie de Valéry Molet une qualité narrative distincte, tendue vers la chronique intime mais avec distanciation.
De manière plus prosaïque, son alter ego pour ce livre tourmente le taedium vitae.
Existe dans les deux cas une écriture de la mesure dans l’excès et tout autant de l’excès dans l’apparente mesure. D’où une résistance par des visions et approches récalcitrantes.
Bref, exit dieux et maîtres en l’occurrence. Là où le conte pour l’un, la poésie pour l’autre conquièrent pour l’homme un advenir à soi loin des prédications d’usage.
jean-paul gavard-perret
Dalibor Frioux & Valéry Molet, Ironiques les abîmes ultimes, Editions Sans Escale, 2023,
