Contents cieux
(L’infigurable)
Je suis un parfait mélange de fautes et culpabilité. Bref, je ne suis pas un juste mais je ne m’auto-persécute jamais. Ma doctrine morale contribue sans doute au péché originel mais je l’interprète et le soutiens.
A ma manière, je fais de l’ordre dans mon chaos en cigale exaltée voire providentielle. Je connais le tourment de mes fautes mais sans les crier dans le désert ou ailleurs car ma théologie n’a pas pour fin l’expiation. Mon hérésie, je la maintiens tel un occultiste au pouvoir guérisseur mais non dans un souci d’apologie.
Après tout, mon sacrifice fait de moi un être extraordinairement humain concoctant mes décrets tel un ordonnateur dont la solitude dissimule ma fonction. Que dieu m’en soit témoin. Lui-même, comme moi, vit seul, sans femme. Il ne connaît pas ses gémissements. Dans sa cosmologie mystique, les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père. Au fugitif, il préfère l’éternité – surtout vers sa fin disait Franz Kafka.
jean-paul gavard perret
Photo : Duane Michals