Christopher Morley, La Librairie hantée
Un hymne à l’amour de la lecture
Ce roman fait suite à La Librairie ambulante (10/18 n° 6079 – 2025) qui racontait le quotidien de Roger Mifflin alors marchand de livres ambulant dans les campagnes. Il rencontre Helen McGill, une femme de trente-neuf ans qui n’en peut plus de s’occuper de la ferme pendant que son frère voyage et écrit. Elle achète la librairie et se lance dans l’aventure. Naît alors une romance qui se concrétise par le mariage des deux tourtereaux.
Roger et Helen se sont installés à Brooklyn créant La Librairie casanière. Helen est partie quelque temps respirer le bon air et Roger est seul quand arrive, en début de soirée, Aubrey Gilbert. Il se présente au nom de l’agence Matière Grise et vient proposer ses services pour une campagne publicitaire pour la librairie. Roger répond qu’il n’en n’a pas besoin, ce sont ses clients qui font sa promotion le mieux. S’engage alors une conversation, Roger expliquant son métier, son amour des livres, le pouvoir de ceux-ci. Il explique ne pas chercher à vendre des livres, mais à trouver le livre qui correspond le mieux aux besoins de chacun. Son activité est bien différente des autres car il ne fait commerce que des livres d’occasion qu’il estime digne d’exister.
Or, son quotidien va être bousculé par l’arrivée de Titania, la fille d’un vieux client fortuné, en tant qu’apprentie et la disparition énigmatique d’un exemplaire rare d’un livre de Thomas Carlyle. Le couple de libraires va, alors se retrouver impliqué dans une intrigue d’espionnage improbable…
Christopher Morley est un écrivain américain (1890-1957). Auteur de plus d’une centaine de romans, d’essais et de poèmes. Ses deux premiers romans, La Librairie ambulante (1917) et La Librairie hantée (1919), sont devenus des classiques de la littérature anglo-saxonne.
Ces romans sont des déclarations d’amour aux livres, aux idées et à la personnalité des lecteurs. Ils parlent, par le biais du héros, de ce que doit être le travail du libraire, du fait d’agir presque comme un médecin qui prescrit un médicament pour soulager une pathologie. Christopher Morley évoque la puissance des idées, celle de ces livres qui les véhiculent et donnent nombre de références d’auteurs pointant une singularité ou une référence à un fait ou une situation.
Ce livre, paru en 1919 porte l’empreinte de la Première Guerre mondiale par des petites annotations qui confortent le discours du libraire. La partie espionnage de l’intrigue n’arrive pas tout de suite. Une bonne moitié du roman s’inscrit dans une description de la boutique, présente des discussions littéraires, les théories et la philosophie relatives aux ouvrages. Roger ne déclare-t-il pas que : « Vivre dans une librairie, c’est vivre dans un entrepôt d’explosifs. » ?
C’est la description d’un club de lecteurs assoiffés, le poids de la gastronomie et du goût pour le tabac dont il est fait une consommation effrénée dans les lieux. À l’époque, fumer présentait beaucoup d’avantages et était presque considéré comme une prophylaxie.
Avec ce livre, on entre dans une atmosphère bienveillante, entouré, voire cerné, par les livres et les arguments pour défendre la lecture. C’est aussi une parenthèse enchantée dans l’univers littéraire de l’époque car tous les auteurs cités, les écrivains évoqués, ont produit des œuvres antérieures à 1919. Un roman à mettre entre toutes les mains pour casser cette désaffection pour la lecture.
serge perraud
Christopher Morley, La Librairie hantée (The Haunted Bookshop), traduit de l’anglais (États-Unis) par Oscar Lalo, Éditions 10/18, coll. Romans étrangers, octobre 2026, 288 p. – 8,90 €.