Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?
Pour sortir des idées reçues sur les valeurs culturelles. Brillant
Cette réédition d’un essai de Christopher Lasch vaut autant pour le texte du penseur américain que pour l’avant-propos de Jean-Claude Michéa, incisif et brillant.
Le commentateur explique l’intérêt de Culture de masse ou culture populaire ? en situant la problématique du texte par rapport à la tradition intellectuelle prédominante depuis les années 1960, selon laquelle la culture de masse est forcément appréciable, relevant de la “contre-culture“. Michéa revient sur les origines philosophiques de cette tradition, pour démontrer l’absurdité du postulat qui permet aux adeptes de la vision gauchiste de la culture de « vivre leur propre obéissance à l’ordre industriel et marchand comme une modalité exemplaire de la “rebel attitude“. » (p. 14)
Cette démonstration suffirait à elle seule à nous faire recommander le livre à tout lecteur désireux de sortir des idées reçues sur les valeurs culturelles.
L’essai de Lasch, qui date de 1981, a gardé toute sa pertinence dans le contexte actuel, et faire ce constat, c’est mesurer la force d’inertie et le conservatisme de l’idéologie qui s’impose comme une “évidence“ pour la plupart de nos contemporains : prétendument progressiste, elle n’a guère évolué ni admis de critiques constructives au cours des dernières décennies. De même, la description que donnait Lasch, il y a trente ans, des conséquences concrètes du règne de la communication de masse, semble dater d’aujourd’hui : « Le premier jugement qui est porté sur un ouvrage ou une idée devient, du coup, le dernier ; un livre s’arrache ou est reçu dans l’indifférence ; et le livre en question, dans tous les cas, est d’une importance tout à fait secondaire au regard des articles et entretiens dont il est prétexte. Ici comme ailleurs, le journalisme ne rapporte plus les événements, mais il les crée. Il se réfère de moins en moins à des événements réels, et de plus en plus à un processus d’auto-promotion circulaire qui est à lui-même sa propre justification« . (p. 60).
Les remarques de Lasch au sujet du système d’éducation américain et de son échec sont aussi frappantes de justesse, et d’autant plus passionnantes à méditer qu’elles nous aident à mieux discerner les défauts du nôtre, qu’on aurait cru a priori bien différent, mais qui s’avère régi par des principes quasi identiques.
C’est bien là un ouvrage “rafraîchissant“ (pour reprendre un adjectif utilisé par son préfacier) : une bouffée de pensée originale dans la stagnation intellectuelle prédominante. On lui souhaite beaucoup de lecteurs, et on le recommande tout particulièrement aux professeurs de philosophie et à leurs élèves.
a. de lastyns
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Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?, traduit de l’anglais par Frédéric Joly, Climats, avril 2011, 77 p. – 7,00 € |
