Riccardo Brizzi, L’uomo dello schermo. De Gaulle e i media

Riccardo Brizzi, L’uomo dello schermo. De Gaulle e i media

De Gaulle et la télévision

Il est salutaire de lire des ouvrages étrangers sur les grands moments ou les grands hommes de l’histoire de France. Ils permettent de se libérer des pesanteurs, des légendes ancrées, des manipulations, des oublis ou des oukases de l’histoire officielle.

On lira donc avec intérêt cette étude italienne sur le lien entre le général de Gaulle et la télévision. Chaque Français connaît les talents médiatiques de l’homme du 18 juin, ses discours décisifs, écrits dans une langue magnifique, ses formules incisives désormais mythiques. Mais sait-on tout ? Et surtout analyse-t-on convenablement les faits ?

Le travail de Riccardo Brizzi s’appuie sur l’historiographie française qu’il connaît et maîtrise à la perfection, mais aussi sur des recherches rigoureuses dans les archives de la présidence. Cela lui permet de remettre en cause plusieurs idées reçues. Il prouve en effet que la presse écrite n’a pas été, dès le début et d’une manière systématique, hostile au général qui aurait fait, en réaction, de la télévision « son instrument ». Il faut attendre la réforme de l’élection présidentielle de 1962 pour voir apparaître une nette rupture. Brizzi analyse les relations entre de Gaulle et la télévision en termes politiques. Elle est, pour lui, le meilleur moyen de contourner les partis et autres groupes s’interposant entre lui et les Français. Le pendant du suffrage universel en quelque sorte. Cet homme de l’écrit a très vite perçu le dépassement de la presse classique au profit du petit écran.

L’étude accorde une grande place à Michel Debré. Cela peut surprendre. Mais on découvre un Premier ministre jaloux de ses prérogatives et très sensible à la question télévisuelle. Il surveille de près les programmes, y compris en matière historique et culturelle, et surtout désire passer régulièrement à la télévision. Le général, attaché à son exclusivité en ce domaine, laisse néanmoins faire Debré. Il est vrai que ses prestations s’avèrent moins brillantes, comme c’est le cas lors du putsch d’avril 1961.

Ses allocutions sont bel et bien des armes secrètes pour de Gaulle dont il use lors des périodes de crise, mais aussi dans ses conférences de presse, véritables discours du trône. Brizzi analyse la période gaulliste comme celle de « l’association entre charisme et petit écran » qui renforce le prééminence d’un président qui gouverne. Une télécratie en quelque sorte. Les élections de 1965 et la crise de Mai 68 peuvent donner l’impression qu’elle se fissura. Mais à chaque fois, de Gaulle réussit à imposer son autorité chancelante à l’aide du petit écran.

Un livre en somme bien écrit et fort bien documenté. On espère une traduction rapide.

f. le moal

   
 

Riccardo Brizzi, L’uomo dello schermo. De Gaulle e i media, Bologna, Il Mulino, avril 2011, 357 p.- 28 €

 
     
 

Laisser un commentaire