Christophe Bouton, Sur les traces du temps
Epreuves des jours
Passé, présent, futur : tout est du même tabac. Chacun le fume ou le chique (même s’il a si peu de prise) et à sa manière se mêlent preuve et épreuve du temps. Mais dans ce livre se dissèquent la puissance, la présence, le montage de ses traces.
Selon l’auteur, même de la relation irréductible au passé demeure sa présence matérielle aussi comparable que les empreintes sur le sentier. Au sein du présent surgit l’erreur de l’interprétation présentiste de sa trace. Même lacunaire, elle reste omniprésente mais son « résultat » est toujours modifié dans notre propre représentation vu notre estime. D’où la « différance » comme écrit Derrida qu’elle instille.
Mais gardant une trace de tous les instants, les objets, les affirmations du passé, nos installations mentales arrachent à l’oubli d’infimes fragments d’un passé disparu sans retour. D’où de manière intrinsèque une méditation sur la mort (que l’on se donne et qui est donnée tout autant par le temps) mais aussi sur la vie.
Elle rappelle la singularité de tout individu. Surgissent en eux parfois de merveilleux ratages. Reste à savoir quel état gère chacun de nous. L’auteur propose ainsi une sorte de suite à « La route des Flandres » de Claude Simon, inhabitée, vide sous le ciel immobile et où le monde s’effrite, se dépiaute, s’écroule peu à peu par morceaux livrés à l’incohérence nonchalante. Chacun reste un mauvais élève de sa vie même s’il cherche toujours à être un minimum attentif.
jean-paul gavard-perret
Christophe Bouton, Sur les traces du temps, Éditions de Minuit, 2026, 608 p. – 29,00 €.