Christine Angot, Un tournant de vie – Rentrée 208
Christine Angot, la comédie de l’ordre
Christine Angot est clivante. On se demande pourquoi. Elle ne mérite ni verges ni louanges. Son autofiction suit son cours à la recherche de ce qui donnerait consistance aux silhouettes évanescentes de ses fantômes sentimentaux. Les “ restes ” qu’elle en propose ne disent pas forcément des états d’un passé mais plus certainement d’un présent et ils ne sont pas sans intérêt, surtout lorsque nt paraît.
Il y a là des éclats de vie (sans aller jusqu’aux affres) qui ont l’avantage d’éviter tous coups ou esbroufes. L’écriture se veut à dessein pauvre, osseuse dans une simple violence, une attaque suivie de déchirement ou de dépouillement que déploient le geste créateur, ses manières et matières d’escarpements.
Mais c’est là où le bât blesse. Depuis ses premiers textes l’auteure cherche ce qu’ont réussi Céline jadis et Beckett et Duras plus près de nous. Une musique minimaliste qui tient le monde et un « absolu » de l’être dans les mots les plus simples. A l’intérieur de leurs contours, de leurs prises, de leurs cadres Christine Angot rêve de créer un labyrinthe qui ondule entre l’ordre du dehors (réalité) et le désordre du dedans (écriture).
Ce qui s’inscrit se voudrait moins de la représentation que la présentation de l’ineffable. Néanmoins, l’épure reste à l’état de perpétuelle esquisse. Cela peut se lire sans appétit comme tomber des mains là où – comme aurait pu dire Léon Bloy s’il avait connu sa consoeur – se ressent « un destin religieux dans une âme unique ». Mais les mystères les plus redoutables que Christine Angot tente de faire « sonner » restent plutôt sourds. Cela, répétons-le, ne mérite ni couronnement ni crucifixion.
Reste l’attente d’une musique réellement unique qui tarde à venir. Attendons le prochain virage.
jean-paul gavard-perret
Christine Angot, Un tournant de vie, Flammarion, août 2018, 192 p. – 18,00 €.