Chantal van den Heuvel & Nina Jacqmin, Les Filles de Magdalena

Chantal van den Heuvel & Nina Jacqmin, Les Filles de Magdalena

C’est en 1922 que l’Irlande obtient son indépendance après des siècles de colonisation britannique. Le jeune État, dans sa volonté de se démarquer de l’ex-occupant, s’adosse à la doctrine « sociale » de l’Église catholique pour un nouvel ordre moral. Et ce sont les femmes qui en deviennent, paradoxalement, les gardiennes, mais surtout les victimes.
L’installation d’un réseau de structures, cogérées par l’État et des congrégations religieuses, comporte deux filières, Mother et Baby Homes – Les maternités de la honte – et les Magdalene Laundries, le volet répressif, punitif et économique. Ces installations fonctionnaient sous un régime totalitaire, à la manière d’usines.
La découverte de ces couvents-blanchisseries est une des pages les plus sombres du pays. Et le dernier n’a fermé qu’en… 1966 !
Pour mettre en scène cette effroyable politique, Chantal van den Heuvel installe Molly et fait débuter son récit en juillet 1925, moins d’un an avant le suicide par pendaison d’un Révérend.

Molly est domestique dans une famille fortunée. Elle fait partie d’un petit orchestre formé par Candice et Brendan, les deux enfants du foyer. La maîtresse de maison, une ancienne soprano, fait part de son agacement à son époux, un chef d’orchestre renommé, parce qu’il a offert une harpe à Molly. Celui-ci défend son talent de musicienne.
Tout va relativement bien jusqu’à l’arrivée du neveu de Madame, un jeune lieutenant. Molly cède à ses avances. Enceinte, il faut cacher sa faute. C’est le curé qui informe de l’existence de couvents qui accueillent les filles dans sa situation.
Commence alors pour la future maman, la découverte d’un univers terrible où les jeunes filles doivent expier leurs fautes, subir humiliations sur humiliations, des privations de toutes natures et effectuer un travail forcé… Et que deviennent les bébés ?
Molly veut résister, mais peut-elle échapper à un système si bien rodé…

Avec cet album, les auteures veulent rendre un hommage à ces jeunes filles brisées, à ces destins fracassés, à ces femmes torturées, exploitées.
Chantal van den Heuvel, autour de situations et de faits véridiques, installe une intrigue qui met son récit en tension avec une lecture à la fois historique et fictionnelle. Pour les besoins de son récit, la nécessité d’une unité de lieu, elle fusionne une maternité de la honte avec un couvent du réseau des Magdalene Laundries.

Le graphisme est dû au talent de Nina Jacqmin. Elle propose un dessin attractif, tourné vers une simplification à la fois des protagonistes et de leur environnement. Avec peu de traits, elle donne une belle expressivité et une gestuelle élégante à ses personnages. Le choix des teintes, douces et en harmonie avec les paysages et les lieux peu décorés, renforce agréablement la vision des planches.
Nathalie Sabbane, Maître de Conférences HDR à l’Université Sorbonne Nouvelle, éclaire dans un texte éloquent, son expertise sur le sujet.

Avec Les Filles de Magdalena, les auteures signent un bel hommage à ces oubliées de l’histoire, à ces petites blanchisseuses victimes d’une morale aberrante et déshonorante.

Chantal van den Heuvel (scénario) & Nina Jacqmin (dessin et couleurs), Les Filles de Magdalena, Vents d’Ouest, coll. Hors Collection, août 2026, 112 p. – 18,00 €.

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