Catherine Millet, Simone Émonet

Catherine Millet, Simone Émonet

Le chemin d’égotisme – n’en déplaise à Stendhal – est étroit pour la littérature. Et chez Catherine Millet, il lui donne l’expression la plus ratée d’un tel livre moins amère sur sa mère que froid malgré la révélation de son suicide.
La chaîne logistique d’une telle vie est anecdotique tant l’auteure s’oblige à toute culpabilité. Elle sait convertir par la force des belles images de la mère et ses postulations érotique que Catherine Millet remembre si l’on peut dire.

Revisitant ce passé, travaillant à partir de photographies vintage (aux auteurs anonymes) souvent imprégnées du glamour, l’auteure ne révèle qu’un fragment soigneusement sélectionné de cette existence. Le reste est dissimulé derrière un passe-partout découpé avec précision, un procédé de celle qui devint l’historienne de l’art contemporain et l’éditrice d’Art-Press.

Pour celles et ceux qui connaissent l’œuvre de Catherine Millet, cette révélation est avant tout une surprise émise par la dissimulation… Ce que l’on ne voit pas occupe le devant de la scène du livre, abordé ici comme hors-champ et espace à la fois réel et imaginaire. L’auteure travaille par soustraction. Ce qui reste visible se décharge de l’invisible. Le geste résiste aux photographies trouvées laissant place à l’ambiguïté, à la spéculation et à l’invention.

Restent là des portraits vernaculaires d’une femmes façonnée à la fois par les conventions de son époque et par la propre représentation du « modèle » maternel. La vitrine est soigneusement agencée par Catherine Millet mettant le portrait sans sa part de mystère.
Abordant les thèmes de la mémoire, du désir et de l’évolution du rôle des femmes, dans la culture visuelle et littéraire l’image de la mère est dissimulée sans beaucoup d’émotion voire et surtout par une froideur presque glacée. L’auteure, absente au sujet, permet de feuilleter un survol où quelques mots clignotent. Comme Molly Bloom, Catherine Millet semble dire : « oui je veux bien, oui » de la mère. Mais quoi et qui ?

jean-paul gavard-perret

Catherine Millet, Simone Émonet, Flammarion, 2025, 176 p. – 19,50 €.


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