Benjamin de Laforcade, Woody
L’un et l’autre
Avec ce nouveau livre, Benjamin de Laforcade offre un texte tendre et ironique sur l’adolescence. Et plus précisément, sur l’invention de soi et la place que l’on occupe, ou non, dans la vie des autres. Bien sûr, Woody ne s’appelle pas Woody Allen. Enfin presque car qui se cache sous ce Woody ? Il ment comme il respire , s’invente des maladies. Veut nous faire croire que lui-même croit en Dieu, raconte à tout le monde qu’il a raté son bac alors même que c’est faux. Pour preuve avec 12,1 de moyenne il obtient la mention assez bien.
A priori, Woody n’est pas Allen. Preuve supplémentaire : celui-ci ne fut pas amoureux des stars d’Hollywood et même de Diane Keaton et Miia Farrow. Celui-ci reste plus simple et amoureux d’Abigaëlle. Mais alors qu’ils pourraient vivre ensemble une de ces histoires merveilleuses, Woody poursuit des rêves imaginaires, et des aventures ratées.
Certes, lorsqu’il reviendra, la vie se sera faite sans lui. Dès lors, comment redevenir celui qu’on ne voulait plus être, et reprendre le rôle qu’on a abandonné ? D’autant qu’affluant à nouveau à sa surface, une histoire commence qui sera à la fois la sienne ou celle d’un autre – semblable, frère, double, ersatz, que sais-je ?
Afin qu’un Woody s’écarte du chemin, l’autre Woody a emprunté et découvert ainsi la voie qu’il était seul à pouvoir emprunter et qui, pour cet hypersensible et stressé, l’entraîne, comme malgré lui – donc sans l’avoir voulu, Mais entre Woody et Allen, peut nous chaut. Enfin, peut être plus à tort qu’à raison que Benjamin de Laforcade ne le fait. Et comme le réalisateur de Manhattan, l’auteur nous amuse de manière la plus habile. A sa manière, il refait par la bande une nouvelle version de La Rose pourpre du Caire. Dès lors, son roman est-il un « cairn » où un Woody est perché sur un « je » qui est son autre ? Peut-être…
jean-paul gavard-perret
Benjamin de Laforcade, Woody, Gallimard, collection Blanche, 2026, 240 p. – 20,50 €.