Barbara Abel, Ici s’arrête le monde

Barbara Abel, Ici s’arrête le monde

Barbara Abel installe son histoire dans un cadre qui, dans le contexte de menaces actuelles, est loin d’être irréel, d’être une utopie.

Septembre, les vacances sont finies et il faut reprendre le rythme pour la famille recomposée autour d’Hélène et Raphaël pour Laura, seize ans, Marius huit ans. Samedi, l’hypermarché est bondé. Hélène et Laura font des courses. L’adolescente doit acheter des fournitures scolaires. Marius joue avec Félix, son ami, sous la surveillance de son père. Hélène doit préparer l’anniversaire de Soline, sa fille adolescente, qui a choisi de vivre chez son père, ce qui a démoli sa mère.
Alors que Soline souffle les bougies, qu’Hélène veut expliquer à son époux l’incident du matin, ils entendent une cavalcade, des exclamations, des cris dans la cage d’escalier de l’immeuble. Un bruit sourd suivi d’une explosion tout près. L’éclairage de l’appartement, les lumières extérieures s’éteignent. De la fenêtre, ils voient, vers Ixelles, des colonnes de fumée noire sur un ciel anormalement illuminé. Et les explosions se succèdent à une cadence de plus en plus soutenue. Il faut se mettre à l’abri, descendre dans la cave où se refugient également les voisins.
Et dans l’obscurité et l’inconfort d’un couloir de caves, ils se questionnent supputent. Les téléphones, sans réseaux, se déchargent vite.
Mais quand ils peuvent enfin sortir…

Bruxelles se retrouve sous les bombes. Une famille va devoir faire face à de nouvelles situations, vivre dans des conditions auxquelles rien ne l’a préparée. Ses membres vont devoir affronter des défis à la fois physiques, humains, et psychiques. Il leur faudra résoudre des problèmes moraux, se confronter à des responsabilités imprévues, les gérer le mieux possible entre humanité et indignité.
Avec ce récit, l’auteure explore, comme seule elle sait le faire, les failles intimes de ses personnages ordinaires, les réactions d’individus en situation extrême, les zones d’ombre qui émergent quand le quotidien se dérobe. Certes, pour installer le décor, Barbara Abel peut s’appuyer sur des références en la matière quant aux dévastations comme celles que vivent les Ukrainiens, les Gazaouis.

Elle montre la fragilité de l’existence, le basculement qui peut se produire à tout moment, qui fait passer un groupe de personnes d’un samedi ordinaire à une situation de guerre où tout est nouveau. Si elle montre la famille comme un refuge, elle la définit aussi comme un élément de tension. Parallèlement, dans cette ambiance de catastrophe, elle développe les réflexes de crainte, de peur des autres, de leurs réactions quand il faut défendre un maigre acquis. Elle illustre également, d’une magistrale manière, le poids des responsabilités morales. Faut-il fuir, aider, protéger ? Comment et que choisir ?

Ici s’arrête le monde pose les assises d’un thriller psychologique soutenu où une catastrophe révèle des tempêtes extérieures et intérieures. La romancière déploie son art du récit et sa façon inimitable de transformer un quotidien en enfer en mettant en scène une famille confrontée à l’impensable. La tension s’installe dès les premières pages pour aller crescendo.

Barbara Abel, Ici s’arrête le monde, Récamier Noir, novembre 2025, 368 p. – 21,00 €.

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