Arthur Dreyfus, La Punition
Bilan à suivre
La Punition raconte le choc entre un père et son fils. Mais vu après le décès du premier. Ce récit dit par l’auteur dépasse sa propre vie car selon lui « Trop d’enfants ont entendu ces mots : Tu n’as pas le droit d’exister. Ceux qui les ont entendus se reconnaissent entre eux. Ni les luttes LGBT, ni les droits conquis, ne suffissent à réparer cette perte irréversible de gravité. Elle reste inexprimable. » Pour étayer ce qui devient un état des lieux du passé, Dreyfus écrit une forme quasi voisine entre un journal intime et un roman d’apprentissage.
Dans sa longueur (justifiée), le livre devient un exorcisme. L’auteur évoque sa douleur d’être – vu qu’il fut considéré comme un «monstre » par sa différence. Et il exprime ici la sensation de n’être plus un relégué ou un puni.
« L’année de mes seize ans, lorsqu’il a appris mon homosexualité, mon père m’a convoqué en tête-à-tête et m’a adressé un discours haineux, qui m’a marqué à vie. Une minute avant, j’ai activé secrètement un dictaphone. », écrit l’auteur. Et à partir de là et plus d’un demi-siècle après, Dreyfus a décidé de rouvrir le fichier avec le discours retranscrit et l’idée du livre lui est apparu.
Il a extrapolé le verdict paternel en examinant la prime enfance de son père. Mais il avoue aussi le vide qu’il a laissé dans sa propre existence : « Raconter ces années où j’ai continué d’aimer, d’écrire, de courir comme les personnages de cartoons qui ne savent pas qu’ils sont déjà au-dessus du vide ».
Ce livre devient toutefois une nouvelle confrontation du fils avec son père. La séance de révision d’une certaine manière reste ouverte.
jean-paul gavard-perret
Arthur Dreyfus, La Punition, P.O.L éditions, 2026, 1152 p. – 35, 00 €.