Anne Sex­ton, Folie, fureur et ferveur, œuvres poétiques 1972-1975

Anne Sex­ton, Folie, fureur et ferveur, œuvres poétiques 1972-1975

Eloge du feu

Les dernières œuvres poétiques d’Anne Sexton surpassent en puissance ses recueils antérieurs. Ceux-ci étaient déjà incandescents voire osés mais ici jaillissent soudain l’obscène et le sacré, l’urine et Dieu, bref le feu, le feu, le feu que, écrit-elle, « les hommes cachent ».

Accentuant « Tu vis ou tu meurs, Œuvres Poé­tiques 1960-1969 » parues dans la même mai­son d’éditions, au sein de tels accomplissements terminaux se retrouvent l’âme et le corps tour­men­tés qui restèrent long­temps chez  l’oubliée de la poé­sie amé­ri­caine du XXème siècle mais qu’elle moder­nisa à sa façon, loin des dogmes et des chapelles. Anne Sex­ton offre et réaffirme en effet un nou­veau contenu, en marge des conven­tions de la morale des USA en trou­vant un malin plai­sir. Elle ren­ver­se un patriar­cat qui nour­ris­sait l’esclavage de négresses blanches et oies de la même couleur prêtes à se livrer corps et âme au pre­mier prince venu.

Le fond ici reste plus sau­vage que celui de ses textes antérieurs. La forme poé­tique déplace les lignes en vers où se mixent le volup­tueux et le sar­cas­tique dans ce qui tient d’une sagacité et de la violence. Anne Sexton se fait au besoin sor­cière des sor­cières et sour­cière du féminin. Elle renou­velle sa vision à tra­vers ce qu’elle connut avec délice ou ter­reur : la famille, le désir et la sexualité.

L’acte poétique se veut intime et dévoile des secrets (proches du silence). Comme la permanence  de vivre en existence plénière en fixant un instantanée renvoyait forcément au passé et au deuil tout en créant des sortes de parabole : un chien montant vers Dieu descend vers les hommes qui brulèrent Jeanne d’Arc. Elle ne cesse de vouloir rattraper quelque chose qui semblait désespéré, foutu d’avance.

La poète retrouve les racines des traitements sordides du masculin. Et dès qu’elle commença à écrire, elle sentit sa trajectoire contre la littérature et poésie classiques. Plus qu’une Virginia Woolf ou qu’une Sylvia Plath, elle écrit ses intuitions, constatations et rêves dans une sorte de « Furor » contre les constrictions et actes de contritions.

jean-paul gavard-perret

Anne Sex­ton, Folie, fureur et ferveur, œuvres poétiques 1972-1975, trad. de l’anglais (US) Sabine Huynh, édi­tions des femmes — Antoi­nette Fouque, Paris, 2024, 268 p.  – 22,00 €.

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