Agathe Marceau, La ventrée
Réparer les vivants
Paru fin 2025 aux éditions Atramenta, le premier tome de la saga autobiographique La Ventrée, intitulé Le Frangin, lève le voile sur une histoire de famille universelle, brute et bouleversante. Un récit thérapeutique né de quinze ans de silence.
La ventrée, c’est sous ce mot, lancé un jour par son père au moment même de sa conception, que l’autrice se désigne et se reconnaît. Derrière cette expression abrupte se cache le point de départ d’une œuvre thérapeutique intime. Dans ce premier volume de 158 pages, Agathe Marceau plonge dans les méandres d’un drame familial : la perte d’un frère, sobrement appelé « le frangin ». Il aura fallu une longue maturation à l’autrice pour réussir à poser des mots sur l’absence. Quinze années de recherches éperdues, à « filer les fantômes », pour tenter de comprendre et d’échafauder un deuil encore fragile.
Le Frangin n’est pas seulement l’histoire d’un disparu ; c’est le miroir de toute une dynamique familiale, portée par des dialogues et des souvenirs où se mêlent une violence sourde et une immense tendresse. L’écriture d’Agathe Marceau se veut épidermique. Elle redonne vie aux protagonistes de ce drame à travers leurs propres expressions, restituant la vérité nue d’une cellule familiale face à la tragédie.
Au bout de ce chemin de croix littéraire et personnel, l’autrice parvient à une forme de résilience. Le livre agit comme un procès intime qui s’achève : après quinze ans, vient enfin le temps de « l’acquittement de tous les protagonistes ». Un pardon rendu possible par les derniers mots laissés en guise de testament par ce frère disparu : « Je vous aime tous ».
Mais l’existence n’accorde que peu de répit. Alors que ce premier tome s’achève sur un deuil difficilement apprivoisé, la vie rappelle sa propre ironie : « un mort chasse l’autre ». Le départ du frère laisse place à celui de la Mère… une transition dramatique qui annonce déjà la suite de cette fresque familiale.
Un récit nécessaire pour quiconque cherche à comprendre comment la littérature peut réparer les vivants.
jacques cauda
Agathe Marceau, La ventrée, Altamenta, 2025, 158 p. – 12,00 €.