Adele Van Reeth, Une heure à soi
Chanoinesse
Jadis tête pensante de la philosophie sur France Culture, Adèle Van Reeth, insolente mais toujours avec componction, s’y frotte selon ses propres axes. Pour preuve, le repart d’une des Pensées de Pascal : « On ne s’occupe que de ce qui n’est pas, et non de ce qui est », Ce texte pascalien « résume notre condition humaine : incapables d’accepter le réel tel qu’il est, nous préférons nous duper pour tenir bon. Mais à quel prix ? », dit l’auteure.
Elle continue à la suite de son livre précédent d’interroger l’ambivalence du rapport de l’être au vide. Et Adèle Van Reeth de poser la question essentielle : « si nous organisions notre vie de manière à combler ce vide qui nous effraie tout en regrettant de ne pas réussir à lui faire de la place ?
À distance de la vie saturée qu’une telle auteur mène entre travail, famille et agitation quotidienne, le retrait dans un monastère ne lui offre pas de réponse. Mais elle retrouve toujours un lieu de ce lieu sous forme d’accepter – ou de subir – une posture qui devient une épreuve : celle du face-à-face avec soi et avec le temps.
Dialoguant avec Pascal, Virginia Woolf et Henry David Thoreau, l’auteure donne à cette expérience singulière une portée plus large. Elle interroge avec précision ce qui, dans nos vies contemporaines, relève moins du mouvement que de la fuite, moins du désir que du remplissage.
Et ce, autant à travers nos propres dysfonctionnements que ceux de notre société : en passant par l’épuisement des ressources, la pollution, le dérèglement climatique, la souffrance animale, la violence d’état, la misère sociale là où vies et métiers sont des absurdités. Mais à l’auteure de les guérir ou de les modifier.
Il manque à ses interrogations celles qu’elle aurait pu demander à l’IA. Car Adèle Van Reeth n’est pas de celle qui en abuse mais à l’inverse peut lui proposer réponses et démentis. Cepedant, sans doute beaucoup de temps lui manque.
jean-paul gavard-perret
Adèle Van Reeth, Une heure à soi, Gallimard, collection Blanche, 2026, 176 p. – 19,00 €.