Abbé Louis, Le curé travesti

Abbé Louis, Le curé travesti

Journal d’un curé en campagne

C’est dans une malle dénichée chez un brocanteur qu’ont été retrouvés des monceaux de papiers à l’écriture acérée où furent compilées les descriptions minutieuses de fantasmes de travestissements et de diverses combinaisons sexuelles sous forme de poésies, courts récits, parodies et autres fragments. Ces documents libidineux furent l’œuvre d’un scripteur imprévu : un curé qui officia (sans doute souvent au garde-à-vous…) au milieu du XXème siècle dans le Massif Central qui ne mérita plus que jamais son nom.
Le Père vert  n’y cache en rien son penchant littéraire pour la chair qu’il mêle – à tous les sens du terme – à son sacerdoce. Mais le curé de campagne était plus adepte des fantasmes que pratiquant. Dans la mémoire locale du lieu où il prêcha nulle trace d’avanies. Bref, plus de bons grains que d’ivresse. D’ailleurs, la manière dont l’abbé traite la « causa sexualis » laisse poindre un sacré penchant pour la dérision, voire l’autodérision.

Superbement mise en page et préfacé de même par le directeur de la collection, ce livre est un script à textures sulfureuses. Le prélat y marche moins sur les nuages ou sur l’eau que dans des histoires et figurations propres à lui permettre d’oublier sa solitude rêveuse.
Resterait à savoir si la bonne d’un tel curé avait des épaules, des hanches aux rondeurs capables de donner corps aux scènes débordantes que l’auteur ne s’est pas privé de détailler. Toujours est-il que, les choses cachées, l’auteur les a restituées pour jeter le lecteur de plain-pied là où les acteurs ont pris le leur. Et sans coups férir – ce qui n’est dans ce cas qu’une façon de parler.

jean-paul gavard-perret

Abbé Louis,  Le curé travestiHumus, coll. Eros Singulier, Lausanne, 2017.

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