Formento & Formento : les deux font la paire – entretien avec les artistes

Formento & Formento : les deux font la paire – entretien avec les artistes

Formento + Formento est le nom du couple (légitime) de Richeille et BJ. Le second s’occupe des lumières et des prises, la première de l’organisation, de la « mise en scène ». Les images sont parfois romantiques, souvent érotiques. S’y explore de manière documentaire mais tout autant conceptuelle ce qu’il en est de l’amour, de la perte ou des charges de la mémoire en divers lieux et cultures.
Entre fiction et réalité, au sein de couleurs saturées les scènes osent provoquer – mais uniquement lorsque cela se justifie. Existe toujours un « in the mood for love » de manière décalée, qui ne nécessite pas de mettre les points sur les i mais toujours de manière suggestive et dans le bain de chaque lieu que les artistes savent décoder.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Richeille- Le son de mes chats siamois miaulant à ma porte.
BJ: la lumière, toujours zigzagant entre le jour et la belle vue nue de ma femme à côté de moi

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
R: En grandissant j’ai déjà derrière moi des tas de rêves « déjà vus », maintenant je ressens que j’éprouve plus de moments « déjà rêvés ». De manière basique, c’est l’idée que vous vous faites quand vous êtes in situ dans le monde réel et que vous avez l’impression que vous avez déjà l’impression d’avoir vécu cela – peut-être que la réincarnation existe.
BJ: Ils sont tous devenus réalité !

A quoi avez-vous renoncé ?
R: A vivre en Angleterre.
BJ: à rien.

D’où venez-vous ?
R: De l’East End de Londres, une vraie cockney.
BJ: J’étais un gamin de la Navy et je changeais de lieu tous les trois ans. Mais j’appelle Les Philippines ma maison.

Quelle est la première image dont vous vous souvenez ?
R:La première image qui me fit réellement comprendre que ce qui existe était « The Lady of Shalott » peinte par John William Waterhouse. C’était un poster dans ma classe d’Anglais et qui pour une fois me donna envie d’apprendre.
BJ: Pas vraiment la première image mais plutôt la première impression visuelle qui pénétra mon âme ? J’avais 7-8 ans et ma grand-mère faisait cuire (à la vieille manière) sur un feu et soufflait à travers un morceau de bambou pour chauffer les charbons .. la fumée flottait dans l’air et les puits de lumière sur les murs de bambou créaient un spectacle laser !

Et votre premier livre ?
R: Peut-être comme une jeune enfant de 8 ans, je me rappelle avoir lu « Charlotte’s Web » (« La toile de Charlotte). L’idée de la mort et de l’amour d’un animal me frappèrent. Je peux me rappeler m’être sentie si déconcertée par l’obligation d’accepter que tout doit mourir même pour nous nourrir. Maintenant je me rends compte que l’histoire prouve la différence de la vision du monde d’adultes et la vision du monde d’enfants et de la transition de l’enfance vers l’âge adulte
BJ: Les Journaux intimes d’Edward Weston

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
R: Je pense que les composantes et l’individualité de chaque artiste sont différentes. BJ et moi travaillons en couple pour apporter une composante féminine et masculine et trouver à deux une sorte de troisième œil. Je pense que cette combinaison et nos formations personnelles font de notre vision une vision unique.
BJ: A quoi sommes-nous confrontés de nos jours ? Instagram à lui seul propose 90 millions de téléchargements par jour !? Je crois que ce qui nous distingue d’autres artistes est notre approche. Notre travail utilise principalement les lumières et l’organisation mais je crois que ce sont les deux créateurs qui apportent leurs propres bagages. Richeille les siens et moi les miens Comme tout artiste nous affirmons nos idées fortes mais une fois que tout est ajusté chacun garde toute sa liberté C’est donc un mélange de photographies organisées et documentaires mais où le regardeur peut éprouver de vrais émotions et sentiments. Je crois que c’est vers quoi notre public se connecte et gravite.

Pourquoi êtes vous attirée par les poupées ?

R: Les poupées ? Expliquez moi SVP.
BJ: Si par poupées vous voulez dire femme alors disons que je suis compulsivement attirée par elles. Je pense que chaque femme est belle et complexe. Et tandis que je mets de la lumière sur une surface, quelle meilleure surface qu’une femme!

Où et comment travaillez-vous ?
R : Nous voyageons aux endroits qui nous intéressent et pour nos propres raisons. Nous décidons d’explorer visuellement les thèmes qui nous fascinent au sein d’une culture ou d’un lieu. Nous abandonnons notre zone de confort pour éprouver des choses et émotions inconnues. Et pour éprouver parfois juste une idée qui rend le voyage et le processus créatif aussi important que l’image et sa curiosité déplacée.
BJ: Il y a deux écoles pour estimer notre travail. Nous créons ce que j’aime appeler notre « lettre d’amour » à un endroit et un temps précis avec les bras et l’esprit ouvert pour approcher un endroit en un style documentaire. L’autre manière d’envisager notre travail est très conceptuelle. Par exemple avec la série « Hystérie 2015-2017 », en un temps où les USA était à la hauteur de son pouvoir et aussi sur le point d’échapper à tout contrôle. Nous le savons toujours et luttons contre un tel état de fait dans des films tournés au Canada, à Budapest, La France et Miami !

A qui n’avez-vous jamais osé écrire.
R : J’ose écrire, la liberté d’expression à tous!
BJ : Quelques personnes préfèrent qu’on leur écrive le prétendu mystère de la romance. Les médias sociaux les baisent à ma place.

Quelles musiques écoutez-vous ?
R: Old Wave. New Wave. Et David Bowie.
BJ: J’ai l’illusion de croire que je peux chanter et jouer de la guitare, en conséquence ma play-list va de Neil Young à Bon Iver.

Quels livres aimez-vous relire?
R: Les Journaux de Richard Burton.
BJ : « Dans le cœur des ténèbres » de Joseph Conrad.

Qui voyez-vous dans votre miroir ?
R : Mes cheveux qui ont toujours besoin d’être coupés.
BJ :  L’acceptation.

Quel lieu a valeur de mythe pour vous ?
R: Camelot
BJ: Le Japon

De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ?
R: Les acteurs et les danseurs car il peuvent m’émouvoir d’une façon qui me fascine.
BJ: Il y en aurait trop à citer.

Quel film vous fait pleurer ?
R: « Departures » de Yôjirô Takita
BJ: Je suis tel un minou submergé facilement par les larmes en regardant des films.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
R: une surprise.
BJ: des livres.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
R. : Quelle question me fait le plus peur ?
BJ : Que faisons-nous actuellement? Réponse ; nous n’avons pas d’autre choix.

Entretien, traduction et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 25 août 2018.

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