Jacqueline Devreux, J’aurai ta peau

Jacqueline Devreux, J’aurai ta peau

L’autre en elle

Les femmes de Jacqueline Devreux échappent au morcellement. Elles « involuent » plus qu’elles évoluent, lutinent ce qui malverse, s’amusent, bottent le zig dans le zag.. Mais rien ne sera vraiment « donné » à l’image. Et cela, au nom d’un mal vu (c’est à dire bien) pas pris. Le corps devient la geste du réel au sein d’une entente tacite entre l’artiste et son modèle. C’est un crumble à deux : rhum et cannelle. Ou, si l’on préfère, une présence sensuelle palpable en des tons de suie et de quelques couleurs dans le halètement du blanc. Le corps s’ouvre et se referme eu sein de l’ondoiement de tissus aux troublants volumes couvrant et dévoilant, éloignant et rapprochant, annulant soudain l’effet civilisateur du vêtement.
De telles œuvres sont des adieux à l’enfance même si les figurations en leur soie épousent encore un corps jeune aux brillants essors. L’intimité s’y remodèle au moment où Jacqueline Devreux invite à une fouille : s’y découvre l’image d’une autre femme à travers l’ « imago » de l’artiste. Une femme côtoyée peut-être – du moins rêvée à l’évidence.

Jacqueline Devreux donne à voir le travail de sape salutaire de la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise, celle qui tend à donner à la femme tout l’espace en faisant le vide autour d’elle. Au sein du genre apparemment cadré du portrait, l’œuvre n’est pas pour autant coupée du monde L’artiste rêve d’y vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans le temps et pour atteindre un « temps pur » et comme sauvé des eaux.
Surgit le regard ambigu sur le statut non moins ambigu de la féminité dans une société toujours avide de cloisonnements et de pérennité. C’est pourquoi le corps parle soudain une langue étrangère : celle qui refuse la duperie. Reste l’existence dépouillée. Et l’éloge de son secret. Il permet l’espérance ou plutôt la présence afin d’entrer en résistance face à une image instrumentalisée.

jean-paul gavard-perret

Jacqueline Devreux, J’aurai ta peau,  texte de Camille Brasseur, 76 p., 43 planches, galerie Pierre Hallet & Jacqueline Devreux.

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