Ghislain Ripault, Dis-moi
Après les « scènes » de De l’abîme ordinaire, l’auteur poursuit le triptyque commencé par Le Désert de l’empailleur avec les « nouvelles » de Dis moi. Les mots façonnent des labyrinthes de situations les plus incertaines possibles. Chaque fois – d’un vernissage dans un squatt à un malentendu dans le métro -, l’auteur devient le poète portefaix moins du radicalement non-dit que de l’hésitation.
Pas question de rester en rade des rêves. Et si Ripault écrit souvent à l’aveugle, ce n’est jamais à l’aveuglette. Il s’agit moins de jouer sur les mots que de les faire jouer. Sur la moindre histoire, le créateur a toujours quelque chose à ajouter. Mais le vieux singe en littérature n’en profite jamais pour faire des grimaces. Dans la turbulence des mots, au rouleau de la vie sont préférée des illusions perverses qui font du mensonge de la littérature un mentir vrai. Les mots narguent et provoquent, mettent au défi le lecteur qui espère que l’auteur ne croit pas tout ce qu’il écrit.
Néanmoins, Ripault le fait à l’instinct comme un fauve sans muselière. Pour preuve, il marque un territoire douteux monté pour y défier tout diktat au profit de mots parjures. Sans de telles arrière-pensées l’auteur serait resté sur sa faim. Dans le rire (parfois glacé) de ses nouvelles il prouve que tout reste à dire des doutes qui le transportent.
La littérature demeure en conséquence pour lui un instinct de survie qui a droit à l’erreur. Celle-ci ne demeure ici jamais muette et exige d’être vécue au jour le jour. C’est pourquoi un tel « vieil » écrivain (mais tout est relatif) ne fait pas son âge. Son œuvre reste un acte du moi qui protège les rêves des autres afin de les motiver à tort et à travers vers tout exercice de liberté jusque dans la nuit urbaine et temporelle.
jean-paul gavard-perret
Ghislain Ripault, Dis-moi, Editions Rhubarbe, 2016, 132 p.- 14,00 €.
