Henri Michaux, Donc c’est non

Henri Michaux, Donc c’est non

Michaux le radical

Courir après le vent de la renommée, c’est finir essoufflé et exsangue. Néanmoins, tant d’écrivains ont si peur d’être ignorés qu’ils courent « mille plateaux ». Et pas seulement ceux chers à Deleuze qui sacrifia lui aussi aux mirages des cultes médiatiques. Henri Michaux fut l’un des rares à fuir et à refuser la société du spectacle même si cela devait lui en coûter eu égard à sa timidité et sa politesse d’un quasi autre siècle.
L’auteur n’eut cesse de se débattre avec les importuns même lorsqu’ils proposaient des projets pas forcément douteux. Y compris son sacre dans la Bibliothèque de la Pléiade… On connaît des écrivains moins regardants sur ce point… Mais l’auteur de Bras cassé se méfiait de tous ceux qui peuvent être qualifiés de la sorte. Il voulait « simplement » ne pas se tromper, ne pas tomber dans le divertissement pascalien. Le monde qu’il cherchait était ailleurs. D’où son appel à l’aide : « Je cherche une secrétaire qui sache pour moi de quarante à cinquante façons d’écrire non.»

De fait, il n’en eut pas besoin comme le prouve les lettres réunies par Jean-Luc Outers. Et l’auteur d’ajouter par exemple à un critique (Claude Lorent) : « Dois-je vous rappeler que je suis contre tout passé, contre tout lien que je renie et qu’en partie je nie ». Les lettres sont donc les cent une manières de dire non et constituent une sorte d’autobiographie « par la bande ». L’auteur décline les diverses stratégies pour échapper aux temps creux et aux trompettes bouchées d’une renommée qui l’indiffère.
Pour Michaux la vision se passe de télévision ou d’autres supports médiatiques. Et sur ce plan il fut plus radical qu’un Beckett. Ce qui n’est pas peu dire Le serpent de la tentation n’eut qu’à se mordre la queue et c’est tout naturellement – quitte à se forcer un peu mais non sans humour – qu’il refusa de répondre à l’appel des sirènes.

L’œuvre ne réclame pas d’autres scènes que la sienne. Elle se manifeste dans le recueillement, le creux du silence. Lequel  ne peut se grever des remugles de vanités d’usage. Ses lettres restent donc des voyages dans le « non ». Ce mot devient l’emblème et la clé de l’oeuvre. Le silence, la paix doivent se mériter afin que le travail suive son cours. C’est pourquoi là où d’autres se trouveraient touchés, Michaux se sent atteint dans son intégrité : non seulement il fait le gros dos, il recule.

jean-paul gavard-perret

Henri Michaux, Donc c’est non, Édition de Jean-Luc Outers, Gallimard, Collection Blanche,  Paris, 2016, 198 p.- 19,50 €.

 

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