Arman, Accumulations 1960 – 1964
Né en 1928, Arman reste avec César (niçois comme lui) l’un des deux artistes français à renommée véritablement internationale. Ils le payèrent et « jouirent » – si l’on peut dire – dans leur pays d’un certain mépris. Les accumulations d’objets (cafetières, pinceaux, tubes de peinture, violons en morceaux, etc.) d’Arman furent longtemps considérées comme une facilité.
La Galerie Daniel Templon prouve qu’il n’en est rien. Du chef de file du Nouveau Réalisme, l’exposition propose une quarantaine de sculptures historiques. Cette série introduit dès 1959 le concept de sérialité avec ce qu’elle induit et que Nicolas Bourriaud précise dans le catalogue de l’exposition : « la catastrophe de la quantité et la tragédie du plein ». L’individu perd sa place et la notion de déchet s’impose. Arman y annonce déjà les œuvres de Damien Hirst, Thomas Hirschhorn, Subodh Gupta.
Il reste avant tout un héritier de la société de consommation qu’il n’a eu cesse de pourfendre à travers sa maltraitance apportée aux objets usuels. Sous l’effet de la répétition surgissent divers types de variations. Elles sont nées principalement sous deux influences. Celle de Kurt Schwitters dont la création est fondée sur le détournement les déchets de la production industrielle et de Duchamp. Celle de sa grand-mère : l’accumulation des boîtes qu’elle conservait fascinait le gamin.
La série contribua à transformer l’artiste en un entrepreneur soucieux de bénéfices. Mais il serait idiot de limiter l’oeuvre à une production « alimentaire ». Arman s’en est d’ailleurs défendu comme dans un article qu’il publie dans Le Monde en 1996 : « Si je dis qu’il m’est nécessaire de vendre cinquante pièces par an – sculptures, peintures, multiples et oeuvres graphiques -, ce n’est pas pour mettre de l’argent en banque, mais pour faire fonctionner un outil de travail onéreux : fonderie, matériel, locations, transports… et rémunérer les quelques personnes qui m’aident ».
La question de l’argent ne doit donc pas occulter l’intérêt de l’oeuvre, sa force, sa puissance. La « choséïté » (Beckett) de son oeuvre restitue au regard une nouvelle appréhension du quotidien en des assemblages d’où jaillit une vision onirique. Si l’artiste a connu un tel succès c’est aussi parce qu’il a toujours su dépasser son époque qu’il éprouva comme une « fin de monde ».
jean-paul gavard-perret
Arman, Accumulations 1960 – 1964, Galerie Daniel Templon, Paris, 27 février – 6 avril 2016.
