Marine Foissey, Ce qu’il en reste (exposition)
d’à-peine
Les « prises » de Marine Foissey adhèrent au silence. En tant qu’insomniaque rêveuse, elle aime rebâtir des scenarii pour trouver là où, d’une certaine manière, le monde est en disparition, soumis à une languide faiblesse. Mais l’artiste porte son regard sur ce qui demeure. Elle sent un écart, en se regardant et capturant les volumes en écharpe. Le tout toujours avec pudeur et un appel intense à l’interrogation.
Restent dans cette série des strates entre le soleil et la pluie. « Tenir, tenir », pense-t-elle, sans savoir encore que tenir revient à s’abandonner dans une alchimie secrète à travers ce que le réel livre encore (un peu). Et personne ne ferait mieux qu’elle. Elle laisse faire l’image du réel qui peu à peu s’efface ou prend de la distance. Demeurent des présences, des oblitérations. Elles deviennent des images plus fortes hors du spectaculaire et dans le spectral en un exercice de diaphanéité et de douceur.
Marine Foissey crée toujours ce qu’elle a envie de retenir dans sa poétique du cadrage et de l’espace. Il en va ainsi de la vie, de l’envie d’être en vie, voire de vivre une autre vie pour habiter ce qui arrive. Et dans ce but, sa série comporte une suite d’ «esquisses » qui peu à peu finissent par retenir le tout mais désormais par le « rien ». Ici, le monde s’échappe, parfois se renie et se contente du pli et du voile. Mais ce qui est signalé devient la peau du corps et du monde – et comme dirait Valéry, c’est là le plus «profond ».
Une telle créatrice, dans l’immense masse de silence, tente le langage de la nudité. Elle affronte ainsi ce qui vibre sur le clavier des sens et confronte à la mélodie de ses pentes. Tout assure une forme de dépouillement assumé là où la photographie assure la seule possibilité de passage qui reste par fois à l’extrême, sur la pointe qui se mesure à l’iode de la mer et du soupir.
Et de fait, Marine Foissey poursuit toujours son voyage intérieur. Elle espère ce qui va arriver à l‘instant de chaque prise en un déclic. A ce point limite, peut-on faire autrement que voir ce qui soulève tout en tenant sans retenir ce qui coule ? Mais ce qui est sûr est que l’artiste cherche les images qui arrachent la désespérance pour toujours reprendre, repartir forte de tout ce qu’elle voit et comprend.
Existent là des ouvertures là où une étrange comète en fragments se tisse. Chaque image touche en nous faisant entrer dans une forme d’absence que la matière même de l’image suggère et sollicite par « l’à peine, à peine » (Beckett). Osons alors parler de telles photographies comme une voix blanche, une voix faiblissante qui pourtant retient du réel. Cette mise en sourdine devient une géniale hérésie créatrice. Elle épuise la matière du réel là où la photographie semble éliminer le « photographique ». Il est désormais dépassé, au moment où le temps n’est plus un temps dramatique typique de la représentation classique du paysage.
Par rupture, puis effacement, Marine Foissey détache le regard de l’image pour ne plus en suggérer que l’attente ou l’écho. L’’essence d’une telle esthétique donne moins à voir qu’à entrevoir dans une simplification de plus en plus forte de tous les éléments constitutifs du réel. Cela devient une sorte de limite « musicale » – celle d’un Morton Feldman par exemple…
jean-paul gavard-perret
Marine Foissey, Ce qu’il en reste, Chapelle des Pénitents blancs, Vence, 2026.