Jirô Taniguchi, Invitations

Jirô Taniguchi, Invitations

Jirô Taniguchi a signé nombre d’œuvres remarquables qui ont fait de lui un des auteurs de mangas le plus francophone. On retiendra L’Homme qui marche et Quartier Lointain où il développe son art du récit à la fois intime et universel.
Peu avant sa disparition en 2017, à l’âge de soixante-dix ans, cet auteur s’est lancé dans l’adaptation d’auteurs qu’il admirait comme Lafcadio Hearn et Hyakken Uchida. Il fait du premier le personnage principal de Quelque part qu’il décline en deux parties et adapte la nouvelle du second dans Feux d’artifice. D’ailleurs, il n’a pas le temps de terminer sa mise en images. Les Éditions Casterman propose ainsi dix-neuf planches encrées et complète le récit avec les pages restantes dans l’état où il les a laissées. C’est très émouvant de voir, ainsi, ces esquisses et le travail de conception.

Dans les trois récits on retrouve un marcheur. Pour l’auteur, la marche est l’action quotidienne des humains la plus naturelle. Il semblait donc incontournable de mettre en scène des piétons. Il reprend également un thème qui lui est cher, celui du passage. C’est la transmission de la culture traditionnelle pour Quelque part et le passage vers la mort pour Feux d’artifice.
Dans le premier récit, Jirô Taniguchi prend le pas de promenade de Lafcadio Hearn, cet écrivain irlando-japonais, qui déambule dans le Tokyo de la fin du XIXe siècle avec son épouse et détaille ses observations du quotidien, les rencontres avec des fantômes. Dans la seconde partie, il met en scène les mystères de légendes japonaises où rode un énigmatique samouraï, une étrange jeune femme. Avec Feux d’artifice, il décrit un homme qui suit à contrecœur une femme vers une destination inconnue.

Dans ce recueil baigné de fantastique, Jirô Taniguchi développe des motifs très présents dans son œuvre comme la contemplation et la déambulation, la famille et l’enfance, la réparation du passé, la nature.
Les planches, essentiellement en noir, et blanc avec un dessin réaliste, offrent une vue élégante, un souci pour les expressions justes des personnages et le soin du détail que ce soit pour les acteurs du récit ou les décors.

Un album qui donne une belle synthèse de l’œuvre de ce grand maître, une sorte de testament graphique d’une belle sérénité.

Jirô Taniguchi, Invitations, traduit du japonais par Patrick Honnoré, Casterman, septembre 2026, 112 p. – 20,00 €.

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