Stephen Desberg & Jef, Le Pouvoir de M

Stephen Desberg & Jef, Le Pouvoir de M

Enfant, Martin voit sa mère, qu’il adore, très dépressive. Il craint d’en être la cause. Elle lui révèle qu’elle possède un pouvoir qu’elle a reçu de sa mère et lui en fait la démonstration. Elle peut, à volonté, rajeunir, vieillir, changer de sexe. Il possède le même pouvoir. Mais la suite de la démonstration tourne au drame.
Aujourd’hui, Martin est commissaire de police à Londres. Il se rend dans un ancien dépôt à moitié inondé où une femme semble vivante bien qu’elle soit sous un mètre d’eau. Soudain, en sa présence, elle brandi une grande épée qu’il est impossible de lui arracher.

C’est le soir que Martin se rend chez John Realtor, un ancien super-héros qui a le pouvoir de connaître l’avenir. Grâce à une entité, il est informé de l’existence de Qenas, une sorte de culte mystique centré sur le prophète digital Q. C’est alors qu’ils sont attaqués par les trois oiseaux de la prophétie.
Il se précipite vers le dépôt et constate la disparition de la femme et de l’épée. Celle-ci est entre les mains de ce pseudo-justicier qui commence une série d’assassinats…

Le récit installe une galerie de super-héros bien peu conformes à l’image de probité qui habituellement les accompagne. La défense de la veuve et de l’orphelin n’est plus leur préoccupation. L’intrigue déroule une enquête de type policier, teintée d’ésotérisme et d’inspiration comics.
Autour de Martin, l’auteur installe une femme mystérieuse à souhait, une jeune personne atteinte d’une malédiction, une suite de super-héros vieillissants et un criminel insaisissable. Les motivations de ce dernier semblent erratiques au premier abord tant le profil des victimes est différent. De plus, la propension actuelle à blanchir tous délinquants, qu’ils soient dans la politique, dans les affaires, brouille les pistes.
Stephen Desberg met en scène une succession de retournements opérés de manière fort adroite, mêlant des incidences personnelles du héros et des trahisons mal venues. La proximité avec un autre courant d’opinions commençant par Q n’est pas fortuite.

La mise en images et l’œuvre de Jef qui assure un dessin réaliste et la colorisation. Il installe une belle galerie de protagonistes, chacun ayant une personnalité bien identifiable. Par les couleurs majoritairement sombres, il fait ressortir l’atmosphère crépusculaire qui entoure le récit. Il joue des contrastes et offre des décors largement empruntés à la réalité des lieux où se déroule l’histoire. Le dynamisme des actions est superbement relayé. L’éclairage des planches qui mettent en scène la jeune femme amène un magnifique décalage dans la vue et dans l’esprit.

Avec ce nouvel album, Stephen Desberg apporte un regard nouveau sur un thème bien utilisé avec une intrigue forte, un récit solide. La mise en images des quelques cent quarante planches est parfaitement réussie.

Stephen Desberg (scénario) & Jef (dessin et couleur), Le Pouvoir de M, Dupuis, coll. Grand Public, septembre 2026, 144 p. – 23,00 €.

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