Marée motrice

Marée motrice

Ah, ma déferlante, dès que tes sanglots se brisent, ta marée me berce de la première heure à la dernière heure ! Tu m’empêches de dormir dans ta nuit, où tel un dragon je plonge dans ton lac, je piétine et écrase ta barrière de bambous qui enclot ta maison. Sororal ou fraternel, notre amour ne peut plus transformer l’inquiétante réalité : il est trop tard.

J’affronte ta chair nue, bien installé loin de ta mélancolie. Tu restes pétrifiée quelques secondes. Trois, quatre, même pas cinq voire des fragments de seconde et c’est la sensation atroce. Plus rien n’est normal. Ta mer ne peut pas s’arrêter de battre contre mon rivage. Ton mouvement des vagues dure depuis des milliards d’années, et rien jamais ne pourra y mettre un terme. Et quand le bruit du ressac s’éteint brusquement je n’imagine en rien un dysfonctionnement apocalyptique. Ma raison est ailleurs. L’origine de notre folie est en nous, c’est nous et pas à l’extérieur.

Photo : Stéfanie Priefender-Sylvaner

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