Près Zan
(Dissolving views)
Elle garde son regard à la fois doux et sans concession, étant de celles qui ont trop aimé pour tolérer l’oubli. Trop espéré pour céder au spectacle. Elle ne veut pas séduire : elle désire transmettre ce qui ne se dit pas et ce qui se pense dans le dos de la pensée. Le feu est en elle – une braise, toujours, sous sa langue.
Elle écoute les parleurs et Il hoquète un sourire, comme une femme polie face à l’absurde. Elle peint des courbes naissantes, trace des cartographies invisibles de la beauté, l’amour, la résistance. Parfois, j’avance dans un paysage dérobé au vacarme. J’y apprends à perdre le sens pour mieux sentir. Se taire pour mieux entendre. Je sens aussi souvent sa présence là où ça tremble. Là où l’humanité se défait pour renaître plus nue, plus incandescente.
Parfois, elle dessine des corps. Ce n’est pas pour représenter, mais pour dire la vibration, la faille, la naissance continue. Elle sait que le vivant n’est jamais là où l’on regarde, mais dans ce qui échappe et dans ce qui résiste au cadre là où elle allume une chandelle dans le ventre de la nuit et c’est son : « je suis là » – non en criant, mais en éclairant. Elle me rappelle que le feu ne meurt jamais.
jean-paul gavard-perret
Photo : Courtney Charles